Rome 2026 : les organisations de pêcheurs préparent le Sommet mondial de la pêche à petite échelle et le COFI Français, Anglais, Espagnol
11 septembre 2026
11 septembre 2026
Cette semaine, des représentants d’organisations de pêcheurs, de travailleuses et travailleurs de la pêche, de peuples autochtones et de mouvements sociaux se retrouvent à Rome pour préparer le Sommet mondial de la pêche à petite échelle, qui se tiendra à la FAO du 4 au 6 septembre.
Le Sommet sera immédiatement suivi du Comité des pêches de la FAO – COFI, du 7 au 11 septembre. Pour les mouvements de pêcheurs, l’enjeu est donc double : disposer d’un espace pour confronter leurs expériences et construire leurs priorités communes, mais aussi faire en sorte que ces messages puissent ensuite être portés dans l’un des principaux espaces internationaux où se discutent les politiques de la pêche.
Pêche & Développement est présente à Rome aux côtés du World Forum of Fish Harvesters and Fish Workers – WFF, avec lequel l’association poursuit depuis de nombreuses années un même objectif : contribuer à faire entendre directement la voix des pêcheurs et des communautés dans les débats qui concernent leurs ressources, leurs territoires, leurs métiers et leurs systèmes alimentaires.
Cette démarche est également soutenue par le CDPMEM du Finistère, qui autorise Virginie Lagarde, également chargée de mission au CDPMEM 29, à participer à cette mission sur son temps de travail ; l’ensemble des frais de déplacement et de participation reste intégralement pris en charge par le CIP.
Réunion préparatoire des mouvements et organisations de la pêche à petite échelle à Rome – 1er septembre 2026.
Des réalités différentes, mais de nombreuses préoccupations communes
Les premières journées de préparation réunissent plusieurs mouvements internationaux. Chacun vient avec son histoire, ses réalités et ses luttes, mais les échanges montrent rapidement combien certaines préoccupations sont aujourd’hui partagées.
Le changement climatique et ses conséquences sur les ressources et les communautés de pêche occupent une place centrale. Plusieurs organisations ont également insisté sur la dégradation de la qualité des eaux, les pollutions, la destruction ou l’altération des habitats dont dépendent les poissons et les populations qui vivent de leur exploitation.
L’accaparement des espaces et des ressources aquatiques – blue grabbing – constitue un autre enjeu majeur. Pêche industrielle, aquaculture industrielle, énergie, infrastructures, tourisme, conservation ou nouveaux investissements liés à l’économie bleue peuvent entrer en concurrence avec les usages et les droits historiques des communautés.
Derrière ces questions revient une interrogation simple : qui décide de l’avenir des territoires aquatiques, qui bénéficie des ressources et qui supporte les conséquences des décisions prises ?
Les débats ont également mis en évidence la persistance de formes de marginalisation touchant les pêcheurs, les travailleuses de la pêche, les femmes, les jeunes et les peuples autochtones. Dans plusieurs pays, les communautés sont confrontées à des situations beaucoup plus graves encore : violence, répression, militarisation des territoires ou criminalisation de leurs mobilisations.
Des pêcheurs qui ne veulent plus seulement être consultés
L’un des messages les plus fortement partagés est la nécessité de dépasser une participation limitée à la consultation.
Les organisations de pêcheurs veulent être reconnues comme détentrices de droits, productrices de connaissances et actrices politiques, capables de participer directement à la définition des politiques qui concernent leurs territoires et leurs moyens de subsistance.
Cette question est centrale pour la mise en œuvre des Directives volontaires pour assurer la durabilité de la pêche artisanale – Directives SSF, adoptées par la FAO en 2014.
Plus de dix ans après leur adoption, leur simple reconnaissance ne suffit plus. Plusieurs participants ont demandé que leur mise en œuvre repose sur de véritables feuilles de route, avec des responsabilités clairement identifiées, des moyens, des calendriers, des indicateurs et des mécanismes de suivi et de redevabilité.
Certains mouvements souhaitent aller plus loin encore et interrogent le caractère uniquement volontaire de ces Directives, en demandant des instruments plus contraignants permettant de mieux protéger les droits des communautés.
Reconnaître les peuples de l’eau et leurs territoires
Les échanges ont également souligné l’importance de reconnaître les droits coutumiers, historiques et collectifs des communautés et des peuples de l’eau et de la mer.
Leur rapport au milieu ne peut être réduit à un simple droit de capture. Il concerne aussi l’accès aux zones de pêche, aux plages et aux lieux de débarquement, les usages du littoral, les espaces de transformation et de commercialisation, ainsi que la participation à la gouvernance de ces territoires.
Cette réflexion rejoint les travaux menés ces derniers mois au sein du WFF autour de l’aquaécologie : construire, à partir des mouvements eux-mêmes, une vision des systèmes alimentaires aquatiques qui relie les droits, les territoires, les savoirs, l’alimentation, les écosystèmes, la justice sociale et la souveraineté alimentaire.
L’objectif n’est pas de créer un nouveau label ou un nouveau concept technocratique, mais de permettre aux communautés de formuler leur propre vision politique de l’avenir des systèmes alimentaires aquatiques.
Construire des stratégies communes
Les travaux en groupes organisés pendant ces journées de préparation ont également permis d’identifier des pistes d’action.
Les mouvements ont insisté sur la nécessité de renforcer leurs propres organisations, leur capacité à se former, à produire leurs connaissances, à communiquer et à participer durablement aux processus politiques.
La question du financement direct des organisations de pêcheurs est essentielle : participer aux réunions internationales ne suffit pas si les mouvements n’ont pas les moyens d’organiser leurs membres, de consulter leurs communautés, de produire leurs analyses et de suivre les engagements pris par les États et les institutions.
Les échanges ont aussi porté sur les stratégies juridiques, les campagnes publiques, la documentation des violations des droits humains, les échanges d’expériences et la solidarité internationale.
Une idée résume assez bien l’esprit de ces discussions : échanger non seulement sur les luttes, mais aussi sur les victoires.
De Rome au COFI : faire entendre des messages communs
Le Sommet mondial de la pêche à petite échelle n’est donc pas une fin en soi.
Dès la semaine suivante, plusieurs membres du WFF participeront ou suivront les travaux du COFI, où ils continueront à défendre les priorités construites avec les organisations de pêcheurs.
Dans un contexte où les mouvements sont confrontés à des réalités nationales très différentes, l’un des défis est de parvenir à porter quelques messages politiques communs : protection des droits et des territoires, participation réelle aux décisions, mise en œuvre effective des Directives SSF, souveraineté alimentaire, protection des écosystèmes et reconnaissance des savoirs des communautés.
L’unité des mouvements est d’autant plus importante que les décisions concernant la pêche, les océans, le climat, le commerce ou l’alimentation sont aujourd’hui de plus en plus imbriquées.
Et après Rome : inscrire pleinement la pêche dans la dynamique Nyéléni
Une autre étape importante pour Pêche & Développement et le WFF sera de veiller à ce que la pêche à petite échelle soit pleinement présente dans la dynamique issue du Forum mondial Nyéléni pour la souveraineté alimentaire.
Nyéléni rassemble des mouvements de paysans, pêcheurs, peuples autochtones, femmes, jeunes et travailleurs autour d’une vision commune : les systèmes alimentaires ne peuvent pas être pensés uniquement à partir des marchés et de la production. Ils doivent être construits à partir des droits des peuples, des territoires, de l’accès aux ressources, de la justice sociale et de la capacité des communautés à décider de leur alimentation et de leur avenir.
Dans cette réflexion, les systèmes alimentaires aquatiques doivent occuper toute leur place.
Les pêcheurs et les peuples des eaux ne sont pas une composante périphérique de la souveraineté alimentaire. Ils produisent une nourriture essentielle, entretiennent des savoirs et des cultures, dépendent d’écosystèmes fragiles et sont confrontés aux mêmes dynamiques d’accaparement, d’industrialisation et de concentration que d’autres producteurs alimentaires.
C’est aussi tout le sens de la présence de Pêche & Développement dans ces espaces : créer des ponts entre les luttes, faire circuler les expériences et contribuer à ce que les pêcheurs puissent parler eux-mêmes de l’avenir de leurs métiers, de leurs territoires et de leurs ressources.
Rome constitue une nouvelle étape de ce travail collectif.