Présidence du Conseil de l’UE : comment Chypre veut mettre la Méditerranée orientale à l’honneur

Chypre a présenté ses priorités pour la présidence de l’Union européenne à partir du 1er janvier 2026, axées sur l’autonomie, la sécurité, la défense, les migrations et le soutien à l’Ukraine.

Après le Danemark, c’est au tour de Chypre, petit État de moins d’un million d’habitants, de prendre les rênes de la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE) pour six mois, à partir du 1er janvier 2026. Sous la devise « Une Union autonome – ouverte sur le monde », son programme de présidence reprend les grandes lignes de l’agenda européen du moment (Défense, Mercosur, budget pluriannuel…).

Mais comme tous les pays qui occupent cette fonction, Chypre va tenter d’apporter, au milieu des plus de 300 dossiers en cours de négociation, « ses » sujets sur la table du Conseil de l’UE, qui réunit les ministres des vingt-sept États membres. Le président conservateur Níkos Christodoulídis veut ainsi mettre la Méditerranée sur l’avant-scène.

 

Politique migratoire : des législations toujours plus strictes

 

Nicosie veut porter le dossier de la politique migratoire, même si l’île, du fait de sa situation géographique à 800 km à l’est de la Grèce n’est que très peu sur la route des passeurs. Le sujet est l’un des plus chauds au niveau européen, malgré des arrivées irrégulières et des demandes d’asile au plus bas niveau depuis des années dans l’UE. De nombreux gouvernements européens, sous pression de l’extrême droite, tentent de montrer patte blanche à leurs électeurs avec des législations toujours plus strictes qui aboutissent à transformer l’Europe en forteresse, fermée sur la côte sud de la Méditerranée.

Autre sujet, l’eau. Nicosie veut faire avancer les propositions de la Commission européenne pour lutter contre les pénuries d’eau et une qualité déclinante liée à une pollution causée par les pesticides, les antibiotiques, les microplastiques et les polluants éternels (PFAS). Si bien qu’en 2022, jusqu’à 34 % de la population de l’UE et 40 % de son territoire ont été confrontés à une pénurie saisonnière d’eau. À Chypre et dans le reste du sud de l’Europe, cela touche jusqu’à 70 % de la population l’été.

 

Garder son influence face à la Turquie d’Erdogan

 

Pour faire avancer ces dossiers, Chypre essaye de compenser son faible poids dans l’UE. Pour montrer son influence, Nicosie a organisé avec son grand frère grec une rencontre bilatérale lundi 22 décembre avec Benyamin Netanyahou, le Premier ministre d’Israël. Officiellement pour l’aide humanitaire à Gaza sous la tutelle américano-israélienne et le fonctionnement du Centre d’excellence en cybersécurité maritime (MCCE) à Chypre, dont la mise en service est prévue en 2026.

En réalité, Chypre veut pousser le dossier de la liberté de navigation et la sécurité sur toutes les routes maritimes car Nicosie est sous la pression du grand voisin turc. Ankara lorgne sur les gisements gaziers récemment découverts en Méditerranée orientale et réclame de bouger les frontières maritimes. Cette île, membre de l’UE depuis 2004 et toujours partiellement occupée par les troupes turques depuis 1974, a été présentée récemment par son chef de l’État comme « la pointe sud-est de l’Europe, le dernier État membre d’Europe sous occupation » .

Source : Ouest France