Vertuoso filtre l’eau pluviale des rues pour protéger les mers

 

En apparence, les filtres à maille installés par la start-up Vertuoso à la sortie des déversoirs d’eau de pluie n’ont rien d’innovants. Il a pourtant fallu deux ans à ses concepteurs, Benjamin Blanchard, designer industriel, et Romain Garcin, chaudronnier soudeur de métier, pour les concevoir. « D’énormes débits d’eau convergent dans ces filtres pendant les intempéries. Il nous a fallu en comprendre les flux pour concevoir un système qui puisse y tamiser les déchets sans qu’ils soient dégradés pour permettre leur tri et leur valorisation ultérieure », expliquent les cofondateurs.

Leur système, breveté, se présente sous la forme de grandes cages d’une vingtaine de mètres carrés pourvues de grillages en Inox. Elles avalent tout ce que charrient les réseaux d’eau pluviale : feuilles mortes, emballages, mouchoirs, lingettes, tickets de transport, billes de polystyrène… « Tous ces déchets urbains sont habituellement rejetés à la mer ou dans les cours d’eau où ils se dégradent en microparticules. Nos filtres les récupèrent avant cette transformation délétère pour la biodiversité marine », poursuivent les deux hommes.

 

Maintenance simplifiée

 

Contrairement aux systèmes concurrents qui utilisent de simples filets nécessitant d’être grutés pour les vider, les cages de Vertuoso peuvent être vidées par aspiration. « L’opération simplifie considérablement la maintenance », défend Benjamin Blanchard. Avec leur grande surface de filtration, elles rentabilisent également l’exploitation. Testées sur un unique déversoir à Draguignan, elles ont permis d’envoyer dans les centres de tri voisins près de 20 mètres cubes de déchets organiques souillés et de macrodéchets valorisables .

Depuis, la ville a équipé un deuxième exutoire et teste sur son territoire un réseau de filtres supplémentaires installés sous les grilles d’avaloirs qu’on voit sur le bord de la chaussée. « Ils retiennent en amont les déchets toxiques qui risquent d’infuser, tels que mégots et déchets organiques chargés de polluants », détaille Romain Garcin.

 

Un carnet de commandes qui se remplit

 

Le marché est loin d’être symbolique : au moins 1,5 million d’avaloirs parsèment les villes en France et sans doute autant de déversoirs dont beaucoup sont cachés par la végétation, bouchés ou tout simplement oubliés. Vertuoso fonde son business model sur la vente de ses équipements, de 10.000 à 50.000 euros pour les grandes cages conçues sur mesure, et environ 1.000 euros pour les filtres de caniveaux. Ces derniers intéressent particulièrement les fondeurs de matériel pour voirie, comme Soval, Pont-à-Mousson ou Dechaumont, avec qui des discussions sont en cours pour incorporer l’innovation comme standard.

Vertuoso compte pour l’heure une poignée de clients qui ont permis la réalisation de 80.000 euros de chiffre d’affaires en 2023. Mais son carnet de commandes se remplit, surtout depuis que l’équipe a remporté le Circular Challenge Citeo, le programme d’accélération de projets à impact au service de l’économie circulaire du géant du recyclage : elle prévoit 500.000 euros de ventes cette année et une levée de fonds pour accompagner son développement.

Source: Les Echos