Une nouvelle force pour lutter contre la criminalité dans le golfe de Guinée
30 juillet 2026
30 juillet 2026
La piraterie a diminué dans la région du golfe de Guinée, mais celle-ci reste toujours un foyer majeur de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) à l’échelle mondiale. Les réseaux de trafic, de contrebande, de vol de pétrole et d’autres groupes criminels organisés continuent d’y opérer. La nouvelle Force opérationnelle maritime conjointe vise à répondre à ces menaces.
La Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone ont créé cette force le 1er juin. Il s’agit de la première initiative africaine commune de sécurité maritime intégrant une capacité de réponse rapide. D’autres pays devraient rejoindre cette initiative. La force aura pour mission de sécuriser près de 6 000 kilomètres de côtes, s’étendant de l’Angola au Sénégal. Basée à Lagos, elle devrait assurer des missions de collecte de renseignements, d’interception, de patrouille maritime, de surveillance, de recherche et de sauvetage, ainsi que d’autres opérations liées à la sécurité maritime.
Le commodore Mohamed Chetima a déclaré au magazine ISS Today de l’Institut d’études de sécurité (ISS) :
« La Force opérationnelle vise à renforcer l’architecture [de Yaoundé] et à combler une lacune importante en fournissant des capacités de surveillance rapides, mobiles et disponibles en permanence. »
Le Code de conduite de Yaoundé, adopté en 2013, constitue un cadre permettant aux forces navales d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale d’améliorer leur connaissance de la situation maritime et de lutter contre la criminalité en mer dans le golfe de Guinée.
À terme, la Force opérationnelle devrait compter 1 500 membres et disposer de moyens aériens, terrestres ainsi que de capacités de surveillance maritime électronique. Selon l’ISS, le Nigeria est jusqu’à présent le seul pays à avoir fourni des moyens opérationnels, notamment un hélicoptère, deux minibus, deux petits camions, trois navires et trois véhicules militaires. La force collaborera avec le Centre régional de sécurité maritime de l’Afrique de l’Ouest et le Centre régional de sécurité maritime de l’Afrique centrale.
Les chercheurs Martin Ewi et Timothy Walker de l’Institut d’études de sécurité soulignent que la contribution initiale du Nigeria constitue un signe encourageant, mais que davantage d’efforts sont nécessaires. Selon eux, la Force opérationnelle devra démontrer rapidement son efficacité afin de maintenir la dynamique et d’accroître la participation régionale.
Cette initiative est le résultat de cinq années de discussions entre l’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et la Commission du golfe de Guinée. L’Institut d’études de sécurité, en tant que partenaire neutre, a facilité ces échanges en assurant le dialogue entre les différentes parties prenantes.
Selon Martin Ewi :
« De nombreuses initiatives régionales existent, mais des lacunes persistent en matière d’application de la loi et de coordination des opérations pour répondre aux menaces maritimes complexes dans le golfe de Guinée. La Force opérationnelle représente un engagement des États de la région à assumer la responsabilité de leur environnement maritime et de leur sécurité. »
Les chercheurs rappellent toutefois que la mise en œuvre du Code de Yaoundé a également été freinée par un manque de volonté politique et par le non-respect des engagements pris par certains États membres. Ces facteurs pourraient limiter l’efficacité de la nouvelle force si aucune amélioration n’est apportée. Ils recommandent notamment de rechercher un soutien auprès de l’Union africaine et des Nations Unies.
Ils précisent que, pendant la phase de mise en place des bases politiques, juridiques et opérationnelles de la Force, les partenaires internationaux peuvent continuer à apporter un soutien en matière de formation, de financement et d’expertise technique. Cependant, l’objectif à long terme doit rester une prise en charge par les États africains eux-mêmes, afin que l’Afrique conserve le leadership de cette initiative.
Les chercheurs citent comme exemples de coopération réussie dans l’océan Indien la Force opérationnelle combinée 151 (CTF 151), placée sous l’égide des Forces maritimes combinées, ainsi que l’opération Atalanta de l’Union européenne. Ces initiatives ont contribué à renforcer la confiance, le partage d’informations et les pratiques opérationnelles communes.
La CTF 151, créée en janvier 2009 par une coalition internationale, mène des opérations de lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden et au large des côtes somaliennes. Elle regroupe des moyens navals de 30 pays et couvre une zone maritime de 2,85 millions de km².
L’opération Atalanta, lancée en décembre 2008, lutte contre la piraterie dans la Corne de l’Afrique et l’ouest de l’océan Indien, couvrant notamment les Seychelles, Maurice et les Comores, sur une zone de 8,7 millions de km². Ces deux opérations ont largement contribué à réduire la piraterie au large de la Somalie.
Selon Martin Ewi et Timothy Walker, la création de cette Force opérationnelle maritime conjointe montre que les États du golfe de Guinée sont prêts à s’inspirer des principes de ces initiatives internationales et à les adapter dans le cadre d’une démarche menée par l’Afrique.
Ils soulignent également que les partenaires extérieurs peuvent continuer à jouer un rôle important à travers la formation, le transfert de technologies, les réformes juridiques et la fourniture de capacités spécialisées, telles que la surveillance satellitaire. Toutefois, ce soutien doit compléter, et non remplacer, la responsabilité régionale.
Enfin, ils insistent sur l’importance d’un soutien politique durable des Nations Unies, de l’Union africaine et des autres institutions internationales, continentales et régionales pour garantir le succès de cette nouvelle Force opérationnelle maritime.