Un géant des mers d’une espèce protégée capturé pour un aquarium de luxe: la vidéo qui choque

Au large de la Floride, une scène filmée en pleine mer suscite une vive polémique. À l’origine de l’indignation : la capture d’un animal marin aussi rare que fascinant, destinée à un aquarium de luxe à l’étranger.

Panama City Beach, en Floride, la scène a choqué les témoins. Une raie manta géante, espèce menacée, a été extraite des eaux côtières par cinq hommes, sous les yeux d’un opérateur touristique indigné. Si le prélèvement était légal, autorisé par un permis spécial, il a déclenché une vague d’indignation internationale. La créature majestueuse était destinée à SeaWorld Abu Dhabi, un parc marin géant récemment ouvert au Moyen-Orient. Derrière cette capture exceptionnelle, un débat éthique ressurgit : peut-on encore, au nom de l’éducation ou du divertissement, arracher de tels animaux à leur milieu naturel ?

 

Une capture autorisée, mais vivement contestée

 

Le 12 juillet dernier, Denis Richard, fondateur de Water Planet U.S., menait une excursion d’observation des dauphins quand il a assisté à la capture de la raie« Lâchez-la. Vous devriez avoir honte », a-t-il crié, selon ses propos rapportés par le Orlando Sentinel. Un membre de son équipage a filmé la scène, révélant le combat de l’animal pris dans les filets. « Les risques de traumatisme et de mortalité sont très élevés dans ce processus, car il s’agit d’une espèce très sensible », a déclaré Denis Richard dans le même journal.

La capture a été autorisée par la Florida Fish and Wildlife Conservation Commission. L’agence a délivré un permis valable un an permettant la capture d’une raie manta géante à des fins d’exposition. Ce type de licence est rare, mais pas inédit : quatre ont été délivrées ces deux dernières années, selon une porte-parole de l’agence, Shannon Knowles. Une des raies capturées est morte peu après son transfert.

Quant à l’individu de la vidéo, il semble avoir été destiné au SeaWorld Abu Dhabi, qui a mandaté Dynasty Marine Associates, une entreprise basée dans les Keys, spécialisée dans la capture et l’exportation d’espèces marines rares. Dans une lettre adressée aux régulateurs fédéraux, son président, Christopher Ben Daughtry, a défendu ces exportations : « Nos spécimens sont vus par des millions de visiteurs chaque année et sont des ambassadeurs de leur espèce, enseignant au public la valeur de la conservation des océans », a-t-il écrit.

 

Des enjeux de conservation et d’intelligence animale

 

La raie manta géante (Mobula birostris), surnommée « ange des mers », peut atteindre huit mètres d’envergure, peser jusqu’à deux tonnes, et vivre au moins 50 ans. Classée « espèce menacée » par l’U.S. Endangered Species Act, elle ne bénéficie toutefois pas des interdictions strictes de capture associées aux espèces « en danger critique ». Selon un rapport fédéral de 2024, la Floride est le seul État américain à autoriser leur capture à des fins d’exposition.

Les scientifiques s’inquiètent de ces pratiques. Jessica Pate, biologiste à la Marine Megafauna Foundation et responsable du Florida Manta Project, reconnaît que les aquariums ont un rôle éducatif, mais s’oppose à la capture des raies : « Les raies manta sont capables de migrer sur des centaines de kilomètres et ont le plus gros cerveau de tous les poissons, ce qui indique probablement leur intelligence« , a-t-elle affirmé à l’Orlando Sentinel.

 

Une étude de 2016 a montré qu’une raie manta pouvait se reconnaître dans un miroir, un test que seules quelques espèces animales – majoritairement des primates – réussissent. Cette aptitude serait un signe de conscience de soi.

La vidéo de la capture, postée sur les réseaux sociaux, a dépassé les 740 000 vues et suscité une avalanche de commentaires critiques. « Comment cela est-il autorisé ? Ces animaux ne sont pas faits pour vivre en bassin », a ainsi écrit un internaute.

Denis Richard propose une alternative : faire découvrir ces géants marins via la réalité virtuelle. « Le but de cette capture, c’est de faire de l’argent avec l’exposition. Cet animal va passer le reste de sa vie à nager en rond dans un bassin », a-t-il déclaré dans le Orlando Sentinel. Une conclusion amère, alors que les enjeux de la conservation animale n’ont jamais été aussi pressants.

Source : Geo