Transport maritime : quand Ormuz brûle, Tanger Med s’impose

 

Le détroit d’Ormuz est bloqué, la mer Rouge sous les bombes: la reconfiguration des flux mondiaux propulse le complexe portuaire de Tanger Med au cœur d’un nouveau paradigme logistique. Entre opportunités inédites et risques de saturation, une partie décisive se joue.

Depuis le 1er mars 2026, quelque chose a changé dans les salles de contrôle des grandes compagnies maritimes. Maersk, CMG CGM, Hapag-Lloyd, ONE,
HMM, Yang Ming… en quelques jours, toutes ont réorienté leurs navires loin des détroits du Moyen-Orient.
La mer Rouge, voie d’accès au canal de Suez, est devenue une option trop risquée à mesure que les détroits de Bab el-Mandeb et d’Ormuz se sont tous deux transformés en zones de guerre. La route du Cap de Bonne-Espérance s’est donc imposée par défaut.
Et sur cette nouvelle trajectoire, à la jonction de l’Atlantique et de la Méditerranée, un port se trouve en position idéale : Tanger Med.
Selon le rapport annuel de Tanger Med Port Authority, le complexe a manutentionné 11,1 millions d’EVP (équivalent vingt pieds, l’unité de mesure standard des conteneurs) en 2025, confirmant sa position de premier port à conteneurs en Afrique et en Méditerranée pour la 9e année consécutivté.

La géographie joue en faveur du Maroc. Le détroit de Gibraltar, que quelque 110 000 navires franchissent chaque année, soit une moyenne de 300 par jour, s’impose comme le baromètre de la fluidité du commerce international : c’est le passage obligé de toute marchandise contournant l’Afrique pour rejoindre l’Europe ou l’Amérique du Nord. Selon une source bien informée, le port se positionne aujourd’hui comme « un maillon de résilience dans la chaîne logistique internationale, un point de passage naturel pour les routes contournant l’Afrique ».
Et le conflit a beau se dérouler à des milliers de kilomètres, ses ondes de choc atteignent déjà les quais marocains. La crise redistribue les cartes du commerce maritime mondial à une vitesse inédite, et les décisions prises aujourd’hui par les armateurs dessinent les équilibres portuaires de demain. « Plus de 95% des échanges extérieurs du Maroc passent par la mer », rappelle Abdelfettah Bouzoubaa, expert maritime et portuaire.
Dans un contexte où les routes se recomposent brutalement, le Maroc est pleinement exposé aux contrecoups de cette crise, autant aux surcoûts qu’aux opportunités.

Source : Telquel