Secteur halieutique : Le Maroc muscle sa gouvernance des pêcheries
10 juillet 2026
10 juillet 2026
Face aux défis croissants liés au changement climatique et à la préservation des ressources marines, le Maroc accélère la transformation de son secteur halieutique. S’appuyant sur une feuille de route 2025-2027 axée sur la durabilité, le Royaume renforce la recherche scientifique, modernise les mécanismes de contrôle et poursuit ses investissements afin de concilier performance économique, protection des stocks halieutiques et développement des filières.
L’an dernier, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) dressait un constat préoccupant sur l’état des ressources halieutiques mondiales, rappelant que la surexploitation des stocks de poissons est devenue un phénomène généralisé. Dans de nombreuses régions, la pression exercée par la pêche dépasse désormais la capacité naturelle de renouvellement des espèces, mettant en péril la biodiversité marine et la durabilité des pêcheries. « Nous disposons à présent de la photographie la plus fine jamais prise de la situation des pêcheries maritimes. Il en ressort des éléments sur ce qui fonctionne et sur les points à améliorer », déclarait alors le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu, appelant les gouvernements à amplifier les politiques qui portent leurs fruits et à accélérer les réformes afin de garantir une exploitation des ressources marines bénéfique à la fois pour les populations et pour les écosystèmes. Une orientation que le Maroc affirme avoir pleinement intégrée. Présentant, lundi, le bilan de son département devant la Chambre des Représentants, la Secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, Zakia Driouich, a mis en avant une feuille de route 2025-2027 résolument tournée vers la durabilité. Celle-ci repose sur trois piliers : le renforcement de la recherche scientifique, l’amélioration des mécanismes de gestion des pêcheries et la modernisation des dispositifs de contrôle, avec pour objectif d’assurer une exploitation responsable des ressources marines tout en préservant les stocks halieutiques.
Dans cette dynamique, la responsable gouvernementale a annoncé un investissement de près de 500 millions de dirhams consacré à la modernisation de la flotte de recherche scientifique, considérée comme un outil déterminant pour orienter les décisions de gestion des ressources halieutiques. Cette stratégie s’accompagne également de la poursuite des plans d’aménagement des pêcheries, dont le nombre dépasse désormais la trentaine, ainsi que de la généralisation, cette année, du système de zonage aux navires de pêche à la ligne et aux chalutiers, afin de mieux réguler l’activité des flottilles et de maîtriser l’effort de pêche. En parallèle, le ministère poursuit la modernisation de son dispositif de contrôle à travers le développement de nouvelles applications numériques et le renforcement du système de suivi des navires (VMS). L’objectif affiché est double : améliorer la surveillance des activités de pêche et consolider la gouvernance d’un secteur appelé à concilier performance économique et préservation des ressources.
L’économie va bon train…
Revenant sur les performances de la filière, Zakia Driouich a révélé que la production nationale de produits de la mer dépasse 1,2 million de tonnes, pour une valeur avoisinant 15 milliards de dirhams, soit une progression de près de 1,25 milliard de dirhams par rapport à 2022. Les exportations de produits halieutiques ont, quant à elles, généré un chiffre d’affaires d’environ 27 milliards de dirhams, tandis que les investissements privés dans les industries liées à la pêche maritime ont atteint près de 5 milliards de dirhams sur la période 2021-2025. Le secteur assure aujourd’hui plus de 271.000 emplois directs, ce qui en fait l’un des principaux moteurs de création de richesse et de développement économique et social.
Répondant aux critiques suscitées par la baisse de la disponibilité de la sardine durant les premiers mois de l’année, la Secrétaire d’État a rappelé que cette espèce est soumise à un cycle saisonnier. Ainsi, la faiblesse des captures enregistrée en janvier, février et mars ne reflète pas, selon elle, l’état réel des stocks.
Elle a ajouté que les indicateurs actuels témoignent de l’efficacité de la politique de gestion mise en œuvre. Les ports de Laâyoune, Tan-Tan et Tarfaya enregistrent actuellement des débarquements quotidiens dépassant 5.000 tonnes de sardines, une situation qui a même conduit les autorités à suspendre temporairement les activités de pêche à certaines périodes, les infrastructures portuaires n’étant pas en mesure d’absorber un tel volume de débarquements.
Pour Driouich, ces résultats sont le fruit des mesures de gestion des pêcheries, notamment les périodes de repos biologique, la fermeture temporaire de certaines zones de pêche et l’adoption d’une gestion dynamique fondée sur un suivi quotidien de l’évolution des stocks et adaptée aux effets des changements climatiques.
Engagement envers la pêche et les pêcheurs
Abordant ensuite la situation des professionnels du secteur, la Secrétaire d’État a insisté sur le fait que les marins constituent le cœur des politiques publiques en matière de pêche maritime. Elle a rappelé que le secteur emploie plus de 135.000 marins et que le ministère poursuit la mise en œuvre de plusieurs programmes à caractère social et professionnel en leur faveur.
Dans ce cadre, elle a annoncé l’élaboration d’un mécanisme contractuel entre les armateurs et les marins des secteurs de la pêche côtière et artisanale, inspiré du modèle déjà appliqué à la pêche hauturière. Ce dispositif vise à clarifier les droits et obligations de chaque partie tout en renforçant la protection juridique et sociale des marins. Des concertations avec les professionnels sont déjà engagées et des études sociales ont été réalisées afin d’aboutir à ce chantier. Driouich a également rappelé que la généralisation de la couverture médicale et de l’assurance contre les accidents du travail est effective depuis 2022 au profit des différents acteurs de la filière, notamment les armateurs, les mareyeurs et les exploitants d’unités d’aquaculture.
En matière de sécurité en mer, le programme d’acquisition de gilets de sauvetage, doté d’une enveloppe de près de 90 millions de dirhams, poursuit son déploiement à travers les Chambres des pêches maritimes. La Chambre de Tanger entamera la distribution des équipements au cours de ce mois, tandis que celles d’Agadir et de Dakhla ont déjà finalisé les procédures d’appel d’offres. Du côté de Casablanca, les dernières formalités administratives sont toujours en cours. Parallèlement, le ministère poursuit ses programmes d’accompagnement des coopératives, avec une attention particulière portée aux structures féminines. Plusieurs expériences sont aujourd’hui considérées comme concluantes, à l’image des coopératives de Sidi Ifni, dont le modèle est appelé à être consolidé et encouragé. L’objectif est d’en faire un véritable levier de développement local, de création d’emplois et de valorisation des produits de la mer.