Rouvrir Ormuz, une priorité

 

Le blocage de cette voie maritime devrait nourrir les discussions entre Donald Trump et Xi Jinping. Tous deux chercheront une porte de sortie.

En octobre, lors de la dernière rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, en Corée du Sud, jamais le détroit d’Ormuz n’avait été évoqué. La quasi-totalité de la population mondiale ne connaissait pas son existence, encore moins son importance. Sept mois plus tard, le monde a changé. Ce petit corridor maritime d’une cinquantaine de kilomètres, coincé entre l’Iran et Oman, devrait occuper une place toute particulière sur le menu des discussions entre les deux leaders, qui se retrouvent à Pékin de ce mercredi à vendredi.


La paralysie du détroit, sous l’effet de la guerre en Iran, menace la stabilité géopolitique et économique de la planète, y compris de la Chine et des États-Unis. Les deux premières puissances mondiales, engagées dans une rivalité féroce, pourraient tenter de s’accorder autour de ce dossier qui leur empoisonne la vie à des degrés divers.


Washington, d’une part, entretient depuis des semaines un dialogue de sourds avec Téhéran, par l’intermédiaire du Pakistan. La dernière réponse iranienne aux offres américaines est « à mettre à la poubelle », s’est emporté Donald Trump, lundi. Le cessez-le-feu, en vigueur depuis un mois, « est sous assistance respiratoire massive ». Pendant ce temps, le blocus et le contre-blocus autour du détroit d’Ormuz alimentent les tensions sur les marchés énergétiques. Ce sac de nœuds abîme l’image de la Maison-Blanche, incapable de sortir d’une crise qu’elle a déclenchée avec Israël.
La Chine pourrait tenter de monnayer son influence.


La Chine, de son côté, dispose d’un pouvoir de négociation avec l’Iran, dont elle assure la quasi-totalité des revenus pétroliers. Mais le régime tarde, pour l’heure, à contraindre Téhéran à rouvrir le détroit d’Ormuz. Selon toute vraisemblance, Pékin devrait tenter de profiter de son avantage sur Washington pour arracher des avancées sur des dossiers sensibles. Le régime chinois aimerait, de manière notoire, que la Maison-Blanche révise ses éléments de langage sur Taïwan.


Washington fournit par ailleurs à cette île revendiquée par la Chine les missiles, avions, et systèmes de défense censés la protéger d’une invasion. « Le président Xi voudrait qu’on ne [le] fasse pas », a reconnu Trump, lundi, indiquant qu’il aurait « cette discussion » avec son homologue chinois. La semaine dernière, le ministre iranien des Affaires étrangères s’est rendu à Pékin. En sortie de réunion, un communiqué atteste que la Chine est prête à « s’engager davantage » dans un processus de paix. « C’est quasiment une première », remarque Marc Julienne, directeur du centre Asie de l’Ifri et spécialiste de ce pays.


Traditionnellement, la Chine refuse de s’impliquer dans les conflits internationaux. De l’Ukraine à Gaza en passant par la capture de Maduro au Venezuela, Pékin est resté très en retrait. Cette fois-ci, le dossier iranien pourrait changer la donne. Le pays n’aurait que des avantages à rouvrir le détroit. Son approvisionnement énergétique dépend massivement du Golfe. Plus de la moitié de son pétrole importé transite par Ormuz. La fermeture partielle du détroit commence déjà à produire des effets très concrets sur son économie intérieure.


La consommation, qui était déjà à un niveau extrêmement bas, continue de chuter depuis début mars. « C’est vraiment le problème structurel de l’économie chinoise, et la crise au Moyen-Orient est en train de l’aggraver », avertit Marc Julienne. L’inflation a fait son retour, après trois ans de déflation. Les coûts de production augmentent. Les entreprises sont moins compétitives. Leurs marges se réduisent.


Face à ces signaux d’alerte, Pékin ne devrait pas avoir de mal à sortir de sa réserve diplomatique s’il y est encouragé. Donald Trump, lui, espère trouver une porte de sortie sans perdre la face… ni donner l’impression de reculer. « Il est trop fier pour réclamer l’aide de la Chine, mais il en aura certainement besoin, résume Karim Émile Bitar, enseignant à Sciences-po Paris. En face, les Chinois seront prêts à l’aider… s’il offre quelque chose. » Un jeu d’équilibriste : le président américain, impulsif, frontal et souvent imprévisible, devra peut-être forcer sa nature.