Qui domine les océans? Ce ne sont plus les États-Unis
6 novembre 2026
6 novembre 2026
En seulement quelques décennies, Pékin a transformé une marine longtemps limitée à la défense de ses côtes en une force pouvant s’aventurer avec assurance dans le Pacifique et au-delà. Xi Jinping poursuit sa conquête des océans sous l’œil inquiet de Washington, désormais à la traîne en nombre de bâtiments.
Sur les océans, l’équilibre des forces est chamboulé par l’arrivée d’un nouveau leader. La Chine possède désormais la plus grande flotte militaire du monde en nombre de bâtiments, annonce le Wall Street Journal, dimanche 1er novembre. Sa marine est aujourd’hui environ 35 % plus importante que celle de son grand rival, les États-Unis. L’Empire du Milieu dispose de 400 navires de guerre et sous-marins, de trois porte-avions, un quatrième est d’ailleurs en cours de développement, et c’est loin d’être fini.
Pékin multiplie les chantiers navals pour construire, à un rythme soutenu, toujours plus de capacités. Pendant des siècles, le pays était cantonné au rang de puissance continentale. Ces dernières années, il a réussi à opérer l’un des plus impressionnants réarmements de l’histoire moderne. « Son émergence soudaine représente un défi, pour les États-Unis, d’une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale », souligne un analyste auprès du Wall Street Journal.
Chaque jour, une centaine de navires chinois naviguent sur les grandes routes maritimes asiatiques, où ils s’entraînent ou font acte de présence sur les eaux pour intimider leurs adversaires. L’essor de cette marine chinoise est dû au nouveau statut du pays de « géant de la construction navale » et « première nation commerçante maritime ». Sur ses immenses chantiers navals sont produits chaque année plus de la moitié des navires marchands mondiaux. Pékin choisit de tirer parti de ces infrastructures et talents également dans le domaine militaire.
À l’inverse, Washington peine à renouveler ses 290 bâtiments, à relancer ses projets. Ancien directeur du Bureau du renseignement naval, Michael Studeman estime que l’Amérique souffre d’une forme de « cécité maritime ». Si elle conserve des navires plus imposants en termes de tonnage, ils sont contrebalancés par une capacité de construction limitée. La Chine, quant à elle, fabrique machinalement des destroyers, des croiseurs et des navires amphibies « à un rythme jamais vu depuis des générations ».
Elle développe aussi discrètement ses sous-marins nucléaires. L’armée pourrait compter neuf porte-avions d’ici 2035, selon les estimations du Pentagone.
Dès 2013, Xi Jinping avait indiqué vouloir faire de son pays une « grande puissance maritime », inspiré par les expéditions de l’amiral Zheng He au XVe siècle et le souvenir des guerres de l’Opium, durant lesquelles des puissances occidentales avaient attaqué le territoire par la mer. Quoi de mieux que de faire d’une pierre deux coups en exploitant les océans pour répondre à la fois aux objectifs commerciaux et militaires ? Ses investissements dans des ports à l’étranger, ses navires de recherche océanographique et ses chantiers navals occupent une double fonction assumée.
La Chine a également transformé des récifs de la mer de Chine méridionale en îles artificielles militarisées, en plus de renforcer ses bases navales comme à Djibouti.
Dans l’Asie-Pacifique, les eaux entourant Taïwan, la mer de Chine orientale et la mer de Chine méridionale restent des sources de tensions internationales. Pékin veut y renforcer son contrôle, empêcher une intervention américaine en cas de conflit et maintenir la pression sur Taïwan. Pour Michael Studeman, la Chine pourrait maintenant « non seulement défier, mais potentiellement vaincre une grande partie des forces navales traditionnelles américaines », notamment dans cette région.