Quand les coraux s’effondrent, la planète réagit d’une manière que personne n’avait anticipée

 

Les coraux sont des organismes indispensables à la vie dans les océans, et cela de multiples manières : ils offrent un refuge à la biodiversité, ils sont une source de nourriture et ils atténuent également l’effet des tempêtes et des tsunamis sur les côtes en faisant office de barrière naturelle aux vagues. Mais les extraordinaires propriétés de ces organismes continuent de surprendre les scientifiques : les coraux jouent également un rôle fondamental dans la régulation du climat…uniquement en cas de grande catastrophe ! 

Une étude, publiée dans le journal scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences révèle que l’essor et le déclin des coraux situées en eaux peu profondes déterminent la vitesse à laquelle la Planète s’est remise des grandes variations de dioxyde de carbone (CO2).

Pour comprendre ce mécanisme, des chercheurs de l’Université Grenoble Alpes, mais aussi de l’Université des Sydney, ont étudié des reconstitutions de la tectonique des plaques et des simulations du climat et de la biodiversité.  Leur conclusion : « les récifs coralliens ne répondent pas seulement au changement climatique, ils jouent un rôle dans le rétablissement », affirme l’auteur principal Tristan Salles.

 

Les coraux en souffrance activent un mécanisme de réparation

 

En étudiant les variations du passé, les chercheurs ont repéré deux scénarios différents :

  • « Lorsque les plaques continentales sont vastes et que les récifs coralliens prospèrent, le carbonate s’accumule dans les mers peu profondes, réduisant les échanges chimiques avec les profondeurs océaniques. Ceci affaiblit la pompe biologique – le processus par lequel les organismes marins absorbent le carbone – et ralentit le rétablissement de la planète après les chocs climatiques » ;
  • « Lorsque les récifs coralliens s’effondrent en raison de changements tectoniques ou de la baisse du niveau de la mer, le calcium et l’alcalinité s’accumulent dans l’océan. L’enfouissement du carbonate se déplace alors vers les profondeurs marines, stimulant la productivité du nannoplancton et accélérant le rétablissement du climat ».

Concrètement, cela signifie que lorsque les coraux sont en souffrance, comme c’est le cas actuellement dans nos mers et océans, ils activent un mécanisme de réparation : ce ne sont donc pas « de simples témoins passifs des changements environnementaux », mais « des modulateurs actifs », comme le précise l’Université de Sydney dans un résumé de l’étude

Les coraux sont capables de « modifier la pompe biologique océanique et, par conséquent, le climat et sa capacité de rétablissement après des perturbations globales ». Lorsque la Planète subit des bouleversements, que ce soit au niveau tectonique ou au niveau climatique, les coraux jouent donc un rôle de stabilisateur.  

Les coraux souffrent de blanchiment liés au réchauffement climatique, et c’est justement lorsqu’ils sont en souffrance qu’ils déclenchent un mécanisme de stabilisation du climat. © Naturalpict, Adobe Stock

 

Le rétablissement ne se fait pas à l’échelle humaine  

 

Alors, les coraux vont-ils réussir à nous sauver des conséquences du réchauffement climatique contemporain ? Pas forcément, explique l’université de Sydney, car les coraux ont besoin d’autres organismes pour avoir un impact réel : « les organismes mêmes qui sont à l’origine de l’enfouissement des carbonates en eaux profondes – le plancton et les autres espèces calcifiantes – sont eux-mêmes de plus en plus menacés par l’acidification des océans et les émissions continues de CO2».

Les coraux ne peuvent pas stabiliser le climat sans l’aide du plancton, un autre organisme affecté par le changement climatique. © Thavesak, Adobe Stock

Il y a tout de même une note d’espoir, mais à très long terme : « avec notre perspective sur les 250 derniers millions d’années, nous savons que le système terrestre finira par se remettre du bouleversement massif du carbone dans lequel nous entrons actuellement. Mais ce rétablissement ne se fera pas à l’échelle humaine. Notre étude montre que la récupération géologique nécessite des milliers, voire des centaines de milliers d’années ».

Source : Futura