Pourquoi le réchauffement des océans est-il si important, y compris pour les pays enclavés comme la Suisse ?
18 septembre 2026
18 septembre 2026
Les mers n’ont jamais été aussi chaudes depuis le début des relevés. La hausse de la température a également des répercussions sur la vie dans les pays enclavés, comme l’explique le média public Swissinfo dans cet article.
Un plongeon rafraîchissant dans la mer ? Pour les nageurs qui ont passé leurs vacances d’août à Majorque, ce n’était sans doute pas le cas. Une bouée au large de cette île des Baléares a enregistré une température record de 33 °C, soit à peine quelques degrés de moins qu’un bain chaud.
« Pour la Méditerranée, il s’agit véritablement d’un record de température extraordinaire », explique Thomas Frölicher, professeur de physique climatique et environnementale à l’université de Berne, à Swissinfo.
Cette anomalie ne se limite pas à la Méditerranée, où, dans certaines zones, la température de l’eau a dépassé de 6°C la moyenne saisonnière. À l’échelle mondiale, la température moyenne à la surface de la mer a atteint 21,1°C cet été, dépassant le record établi en 2024. C’est l’année la plus chaude depuis le début des mesures, selon Copernicus, le programme européen d’observation de la Terre.
Le réchauffement des océans atteint désormais 1,1 à 1,2°C au-dessus des niveaux préindustriels, avec des répercussions qui vont bien au-delà de conditions de baignade désagréables. Ses conséquences s’étendent aux écosystèmes marins et au climat des zones terrestres, y compris dans des pays éloignés de la côte, comme la Suisse.
« Ce qui m’inquiète le plus, c’est que les températures océaniques exceptionnellement élevées d’aujourd’hui deviennent la norme d’ici dix ou vingt ans », explique Thomas Frölicher. Les écosystèmes les plus fragiles risquent d’atteindre les limites de leur capacité d’adaptation, entraînant des répercussions en cascade sur la biodiversité, la pêche, la sécurité alimentaire et les communautés côtières.
La principale cause du réchauffement des mers réside dans les émissions de gaz à effet de serre. Le dioxyde de carbone (CO2), le méthane et d’autres gaz retiennent la chaleur dans l’atmosphère terrestre. Les océans absorbent plus de 90 % de cet excès de chaleur généré par les activités humaines.
Tout comme sur terre, les vagues de chaleur marines sont de plus en plus fréquentes, intenses et longues. La part des eaux océaniques européennes touchées par ces phénomènes est passée d’une moyenne de 40 % dans les années 1980 à 98 % au cours de la période 2023-2025. Il y a environ une décennie, une vague de chaleur marine dans le nord-est du Pacifique a duré près d’un an, note Thomas Frölicher.
Le réchauffement ne se limite pas à la surface de l’océan. La chaleur s’accumule dans l’ensemble de l’océan, en particulier dans les 2 000 premiers mètres. Des mesures effectuées autour de l’Antarctique et dans l’Atlantique Nord indiquent toutefois que les eaux profondes se réchauffent elles aussi progressivement.
Le changement climatique, et en particulier la combustion de combustibles fossiles tels que le charbon et le pétrole, est le principal facteur à l’origine de la hausse des températures dans les mers européennes, selon une étude réalisée par World Weather Attribution (WWA), un groupe international d’experts qui analyse le rôle du changement climatique dans les phénomènes météorologiques extrêmes.
« Chaque tonne supplémentaire de carbone que nous émettons dans l’atmosphère pousse les eaux côtières et les écosystèmes européens vers des conditions qui n’ont jamais été observées auparavant », détaille Thomas Frölicher, l’un des coauteurs de l’étude.
El Niño est un phénomène climatique naturel et cyclique qui provoque un réchauffement anormal des eaux de surface dans la partie équatoriale de l’océan Pacifique. L’épisode de cette année est particulièrement intense, il pourrait s’agir du plus fort jamais enregistré.
El Niño joue un rôle important car il redistribue la chaleur entre le Pacifique tropical et l’atmosphère, poursuit Thomas Frölicher. « En conséquence, les températures mondiales à la surface de la mer augmentent temporairement encore davantage qu’elles ne le feraient sous l’effet du seul réchauffement climatique. » Selon une étude récente, les phénomènes El Niño sont désormais plus extrêmes qu’au cours des 1 000 dernières années.
« Ce qui se passe dans l’océan ne reste pas dans l’océan », rappelle l’Institut de l’Université des Nations Unies pour l’environnement et la sécurité humaine.
Les océans qui entourent l’Europe jouent un rôle crucial dans la formation du climat et des conditions météorologiques du continent. L’Atlantique Nord influence la circulation atmosphérique par le biais des vents dominants d’ouest, tandis que les variations de la température de surface de la mer ont une incidence directe sur la répartition des précipitations.
Le réchauffement des mers apporte davantage d’énergie et de vapeur d’eau aux tempêtes, accentue l’évaporation et peut entraîner des précipitations plus abondantes et plus intenses sur les terres. Il peut également influencer les moussons et accroître le potentiel destructeur des cyclones tropicaux.
En Europe, les eaux méditerranéennes exceptionnellement chaudes ont été associées à des épisodes de précipitations extrêmes, comme les inondations qui ont frappé la ville espagnole de Valence en 2024.
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Les températures élevées en Méditerranée favorisent l’évaporation et enrichissent l’atmosphère en chaleur et en humidité. Lorsque ces masses d’air atteignent le sud de la Suisse, elles peuvent provoquer des épisodes de fortes précipitations, explique Frölicher. Un processus similaire peut également se produire dans l’Atlantique Nord : si de l’air particulièrement chaud et chargé d’humidité est transporté vers la Suisse et rencontre les Alpes, il peut déclencher de fortes précipitations.
« Cela ne signifie pas pour autant que chaque tempête et chaque épisode de fortes précipitations en Suisse soient dus à des températures élevées à la surface de la mer », souligne le professeur. Cependant, le réchauffement des mers accroît également le risque d’épisodes de précipitations extrêmes en Suisse.
Des travaux de recherche sont actuellement menés afin de mieux comprendre le lien entre les températures de surface de la mer et les épisodes de précipitations extrêmes en Suisse.
Les températures de surface de la mer exceptionnellement élevées et les vagues de chaleur marines ont « des conséquences dévastatrices pour les écosystèmes marins », met en garde la WWA. Elles sont à l’origine d’épisodes de mortalité massive chez des espèces clés telles que les coraux, les éponges et les macro-algues.
En Méditerranée, des espèces exotiques et parfois envahissantes, telles que le poisson-lion, se propagent et risquent de perturber les équilibres écologiques, selon Guido Gnone, coordinateur scientifique de l’Aquarium de Gênes, interrogé par la chaîne publique suisse RSI. Si certaines espèces peuvent bénéficier de nouvelles opportunités d’expansion, comme la tortue marine Caretta caretta, la plus répandue en Méditerranée, le changement climatique risque globalement d’entraîner une perte significative de biodiversité.
Thomas Frölicher partage cet avis. « Certains secteurs de la pêche dans les régions du Nord pourraient tirer profit de la migration des espèces », explique-t-il. « Cependant, si l’on considère la situation à l’échelle mondiale, le bilan est négatif. » Ce sont les pays du Sud qui en paieront le prix le plus lourd, car ils dépendent fortement de la pêche, tant comme source de revenus que comme ressource alimentaire vitale.
Selon la WWA, la hausse des températures marines favorise la propagation de maladies d’origine hydrique telles que la vibriose. De plus, les proliférations de méduses, favorisées par ces nouvelles conditions environnementales, peuvent nuire au tourisme balnéaire et entraîner la fermeture temporaire de certaines plages.
L’abandon progressif des combustibles fossiles et la réduction des émissions de gaz à effet de serre constituent le moyen le plus efficace de limiter le réchauffement des océans et d’atténuer ses conséquences futures.
Des mesures d’adaptation sont également nécessaires. Selon l’UNU-EHS, la création de zones marines protégées, la gestion durable des pêcheries et la restauration des écosystèmes côtiers, comme les mangroves, font partie des solutions susceptibles de renforcer la résilience des océans.
« On sous-estime souvent le fait que le réchauffement des océans n’est pas simplement un phénomène à court terme ni un phénomène limité à la surface », explique Thomas Frölicher. « La chaleur qui s’accumule dans les océans y restera pendant des siècles. »
Les océans restent l’un de nos plus grands alliés pour réguler le climat de la Terre et atténuer le réchauffement climatique. Leur capacité à continuer à jouer ce rôle dépendra également des choix que nous faisons aujourd’hui.