Pour la première fois en quarante ans, le golfe de Panama n’a pas vu remonter ses eaux profondes… un cycle océanique essentiel rompu
15 mai 2026
15 mai 2026
Le phénomène se déclenche chaque année entre janvier et avril sans rater une seule fois depuis des décennies. La remontée d’eau froide au Panama vient pourtant de manquer à l’appel, à cause d’alizés trop faibles.
Au large du Pacifique, les alizés du nord soufflent chaque hiver sur le golfe de Panama et poussent l’eau de surface vers le large. Les profondeurs glacées et chargées en nutriments comblent alors le vide laissé. Cette année, la remontée d’eau froide au Panama n’a pas eu lieu, du jamais-vu depuis le début des relevés.
De janvier à avril, le cycle suit d’ordinaire une régularité de métronome. Les alizés du nord-est, chargés par la mer des Caraïbes, franchissent l’étroit isthme puis balayent le golfe de Panama. Sous leur effet, les eaux chaudes s’éloignent du littoral, tandis qu’un courant glacé remonte des profondeurs. Riche en nitrates et en phosphates, il prend alors le relais près des côtes. Les chercheurs du Smithsonian Tropical Research Institute suivent ce phénomène depuis 1985 et ne l’avaient encore jamais vu dérailler, ni dans un sens ni dans l’autre.
En 2025, les capteurs ont toutefois livré un tout autre récit. La teinte verte, signe de la prolifération du phytoplancton, ne s’est pas diffusée dans la baie comme d’habitude. Dans le même temps, la température de surface a grimpé de plusieurs degrés au-dessus des normales saisonnières, et la salinité, marque de l’eau profonde, n’a pas reculé. Aaron O’Dea, paléobiologiste marin au Smithsonian, évoque un événement « inédit dans l’archive instrumentale » du Pacifique tropical, mais aussi un test grandeur nature pour la résilience de l’écosystème entier.
En 2025, les vents qui traversent l’isthme ont soufflé moins de jours que d’habitude et plus tardivement dans la saison sèche, brouillant le déclenchement de la pompe verticale. Lorsqu’ils s’activaient enfin, leur intensité atteignait les niveaux habituels, mais la fenêtre était trop courte pour pousser durablement l’eau de surface vers le large.
La position décalée de la zone de convergence intertropicale, combinée à un épisode La Niña fin 2024, semble responsable de cet essoufflement atmosphérique.