Ports et logistique: Le talon d’Achille du commerce tunisien

 

Les faiblesses que l’on tolère trop longtemps deviennent structurelles. En Tunisie, la question portuaire releve de cette catégorie : connue, documentée, mais rarement traitée a la hauteur de ses enjeux. Or, dans une économie tournée vers l’exportation et dépendante de ses importations, la fluidité logistique n’est pas un luxe. C’est plutôt une condition de survie.

La Presse – Dans les quais de Rades comme dans d’autres infrastructures du pays, le temps semble parfois suspendu. Les délais de déchargement s’allongent, les conteneurs s’accumulent et les opérateurs économiques s’impatientent. Ce qui, ailleurs, releve d’une mécanique bien huilée devient ici une épreuve d’endurance. Le cout est double : financier, bien sur, mais aussi réputationnel. Car dans le commerce international, la fiabilité est une monnaie aussi précieuse que la devise.

Une compétitivité mise en jeu

A mesure que les retards s’installent, les surcoûts se multiplient. Frais de stationnement, pénalités, immobilisation des marchandises – autant de charges qui finissent par peser sur la competitivite des entreprises tunisiennes. Certaines s’adaptent, d’autres contournent, quelques-unes renoncent. « A terme, c’est l’attractivite du pays qui s’erode, silencieusement mais surement », se desole l’expert économiste Mondher Rahali. Le paradoxe tunisien est là : une position geographique enviable, aux portes de l’Europe et au cœur de la Méditerranee, mais une chaîne logistique qui peine à transformer cet avantage en levier stratégique. Les comparaisons régionales sont, à cet égard, peu flatteuses.
D’autres pays, parfois moins bien situés, ont su moderniser leurs infrastructures, digitaliser leurs procédures et réduire drastiquement les délais de transit, constate l’analyste.

Les causes de cette inertie sont connues: gouvernance fragmentee, procedures administratives lourdes, sous-investissement chronique et une digitalisation encore inachevee, selon notre interlocuteur. « A cela s’ajoutent des tensions sociales recurrentes et une coordination insuffisante entre les differents acteurs de la chaîne logistique. Rien d’insurmontable en soi, mais l’accumulation produit un effet de blocage », fait remarquer l’expert.

 

L’impératif d’une vraie métamorphose

 

Faut-il pour autant ceder au fatalisme ? Certainement pas. Car les marges de progression sont réelles, insiste l’analyste. La simplification des procedures douanières, l’investissement dans les infrastructures, l’automatisation des operations portuaires et une meilleure articulation public-prive pourraient, en quelques annees, transformer profondement le paysage. Encore faut-il une volonte politique claire, constante et affranchie des logiques de court terme, assure-t-il.

Dans un monde ou les chaînes d’approvisionnement se redessinent, ou la proximite devient un atout et la rapidite une exigence, la Tunisie ne peut se permettre de rester a quai. Ses ports doivent redevenir des portes ouvertes et non des goulots d’etranglement. Car, au fond, la question n’est pas technique. Elle est strategique. Et elle engage bien plus que des conteneurs : elle engage l’avenir même du commerce tunisien.

Source : La presse