Polynésie : protéger l’océan en ralentissant, une campagne contre les collisions maritimes

 

Un océan partagé, une urgence commune. C’est le message porté par la campagne « Un seul océan, un souffle de vie », lancée cette semaine en Polynésie française pour sensibiliser aux collisions entre bateaux et animaux marins. Portée par le gouvernement local, en lien avec l’association Te mana o te moana et plusieurs acteurs du maritime, l’initiative vise à faire évoluer les comportements avant que les accidents ne deviennent la norme.

Chaque année, les eaux polynésiennes accueillent leur cortège de cétacés, tortues marines et dauphins. Et chaque année, les incidents se multiplient. Depuis 2022, six tortues ont été tuées dans des collisions. Avant cela, aucun décès de ce type n’avait été enregistré. Le tournant est brutal. « C’est un phénomène nouveau, lié à l’augmentation du trafic et à des vitesses excessives », souligne l’association, qui voit dans l’accident de la jeune baleine Sweet Girl, percutée en 2024, un symbole douloureux de cette dérive.

Pour inverser la tendance, la campagne mise sur une large diffusion : spot télévisé, affiches, vidéos en reo tahiti, messages radio, relais sur les réseaux sociaux, mais aussi une tournée d’actions de terrain dans les archipels de Reao, Ua Pou, Hiva Oa ou Manihi. L’objectif : alerter plaisanciers, pêcheurs, transporteurs et familles sur les gestes simples à adopter. Réduire la vitesse, surtout dans les passes ou les zones de lagon, reste le meilleur réflexe. « Une tête de tortue, ce n’est pas plus gros qu’une noix de coco », rappelle une coordinatrice du projet. Et à pleine vitesse, difficile de la distinguer à temps.

Depuis 2017, l’association Oceania recense environ 900 manœuvres d’évitement effectuées par les bateaux. Soit près de 100 par saison, un chiffre révélateur d’une vigilance croissante, mais encore insuffisante. Cette année, le dispositif s’étoffe : présence renforcée sur l’axe Tahiti-Moorea, échanges en VHF avec les armateurs, installation de caméras à l’entrée des passes sensibles, appui de l’intelligence artificielle. Une montée en puissance accélérée par les drames récents.

Car l’enjeu dépasse les animaux. Des accidents impliquant des humains ont marqué les esprits : la mort d’un président de fédération subaquatique en 2006, un jeune sportif devenu handicapé à vie en 2019. « Le trafic maritime explose, surtout pendant la saison des baleines. Et avec lui, les risques », alerte Rahiti Buchin, président de la Fédération des sports subaquatiques.

Une réforme de la réglementation est désormais sur la table. La vitesse est actuellement limitée à 5 nœuds autour des ouvrages, mais un encadrement plus strict est envisagé dans les passes et les lagons. D’ici là, la campagne compte sur le bon sens des navigateurs. Un souffle de vie, dit le slogan. Encore faut-il lever le pied pour qu’il ne s’éteigne pas.

Source : opinion-internationale