Pêche et aquaculture : le Nigeria veut lancer une nouvelle feuille de route

 

Le Nigeria est le premier consommateur de poisson d’Afrique en volume et l’un des principaux producteurs du continent. Si la pêche et l’aquaculture fournissent environ 40% des protéines animales, le pays n’est pas encore autosuffisant.

Au Nigeria, le gouvernement fédéral a installé, fin août à Abuja, un comité technique chargé de proposer sous huit semaines une feuille de route pour accroître la production locale, renforcer l’aquaculture et améliorer la transformation ainsi que la distribution des produits halieutiques.

Cette entité constituée de 17 membres devra transformer les recommandations issues d’une table ronde stratégique tenue en octobre 2025 en actions concrètes, afin de réduire la dépendance du pays au poisson importé. « Le Nigeria ne peut plus dépendre autant du poisson importé alors que nous disposons des ressources et des compétences humaines nécessaires pour développer la production nationale et renforcer la sécurité alimentaire », a déclaré Adegboyega Oyetola, ministre des Affaires maritimes et de l’Économie bleue.

 

Un déficit important

 

Avec cette initiative, le gouvernement veut notamment identifier les blocages qui entretiennent le déficit halieutique. Dans le pays le plus peuplé d’Afrique, le poisson occupe une place importante dans l’alimentation et fournit environ 40% des apports nationaux en protéines animales.

La consommation annuelle moyenne est estimée à 8 kg par habitant, un niveau inférieur à la moyenne mondiale, proche de 21 kg selon la FAO. Si dans le géant ouestafricain, la production de poissons est passée de 1,1 million de tonnes en 2024 à 1,4 million de tonnes en 2025 selon les données officielles, ce stock reste encore insuffisant pour répondre à la croissance du marché.

En effet, cette offre ne couvre qu’environ un tiers des besoins annuels, estimés entre 3,2 et 3,6 millions de tonnes, avec un déficit d’approvisionnement intérieur comblé par des importations qui coûtent au Nigeria plus de 1 milliard de dollars (864 millions d’euros) par an.

Cette dépendance est particulièrement visible sur le segment du poisson congelé, dominé par le maquereau, le hareng et d’autres espèces pélagiques importées d’Europe du Nord, de Russie, de Chine et d’autres pays d’Asie.

 

Des opportunités à saisir

 

Audelà du poids des importations sur les réserves de change, l’augmentation des besoins ouvre des perspectives aux investisseurs privés désireux d’améliorer la disponibilité et l’accessibilité du poisson sur le marché intérieur. Dans ce contexte, le développement de l’élevage de poissonchat et de tilapia constitue un levier stratégique pour réduire le déficit d’approvisionnement tout en soutenant l’emploi.

La demande devrait en effet continuer à progresser, portée par la croissance démographique, l’urbanisation et l’augmentation graduelle des revenus, notamment dans les grands centres urbains tels que Lagos, Abuja, Port Harcourt et Kano.

Le Nigeria s’appuie déjà sur une base aquacole significative. Le pays est le premier producteur mondial de poisson-chat africain et la filière regrouperait près de 285 000 producteurs d’après la FAO, dont plus de 60 % sont de petits exploitants, et représenterait environ un million d’emplois directs et indirects, depuis la production d’alevins jusqu’à la commercialisation du poisson frais ou fumé.

La Politique nationale de la pêche et de l’aquaculture 2025-2029 constitue le cadre de référence pour accélérer le développement du secteur. Elle fixe notamment l’objectif de porter la production aquacole à 1,3 million de tonnes d’ici à 2029, tout en réduisant de moitié les pertes postrécolte.

Alors que cette feuille de route est une avancée positive, les observateurs soulignent que des interventions publiques pour améliorer le cadre des investissements dans la production locale d’aliments pour poissons et d’alevins, renforcer la chaîne de froid et le financement seront décisives.

Source : La Tribune