On sait maintenant quand le Groenland atteindra le point de non-retour et il ne reste plus beaucoup de temps pour agir !

Les glaciers du Groenland fondent à grande vitesse Le glacier Helheim – ici en plein vêlage, comprenez, en pleine production d’icebergs – est l’un des trois plus grands du Groenland.

Le Groenland fond. Et à l’allure où va le réchauffement climatique, il atteindra son point de non-retour d’ici la fin de ce siècle. Avec des conséquences dramatiques pour nos sociétés.

Au cours de la saison de fonte 2024, la calotte du Groenland a perdu environ 80 milliards de tonnes de glace ! Selon les données des services géologiques nationaux du Danemark et du Groenland (Geus), c’est assez loin d’être un record. Mais cela fait désormais 28 années consécutives que la région perd de la glace. Pourtant, les scientifiques sont formels. La calotte glaciaire arctique n’est pas encore entrée dans un état où son effondrement devient inévitable. Pas encore ? Oui, parce qu’au rythme où se produit le réchauffement climatique anthropique, le risque plane tout de même.Publicité

Des chercheurs européens ont voulu savoir quand le Groenland atteindra son point de basculement, son point de non-retour. Ils expliquent, dans la revue scientifique The Cryosphere, comment ils ont conçu un modèle qui simule, dans différentes conditions de réchauffement, ce que les scientifiques appellent le bilan massique de surface de la calotte glaciaire. Comprenez, la différence entre l’accumulation de neige et la perte due à la fonte.

La glace du Groenland prête à disparaître définitivement

Leurs résultats ne sont pas rassurants. Le modèle montre en effet qu’un point de non-retour sera atteint lorsque la calotte glaciaire du Groenland aura perdu environ 230 milliards de tonnes en une seule année. Soit une diminution de 60 % des plus de 1 700 000 kilomètres carrés que couvrait l’inlandsis durant l’ère préindustrielle. Nous n’y sommes donc pas encore. Mais les chercheurs soulignent que ce scénario correspond à une augmentation mondiale des températures de +3,4 °C. Or les politiques actuelles – on parle bien ici des politiques mises en œuvre, pas des promesses faites par les gouvernements – semblent vouloir nous conduire à un réchauffement de l’ordre de +3,2 °C à l’horizon 2100. Nous y serons donc.

Une fois ce point de basculement atteint, la calotte glaciaire du Groenland serait destinée à disparaître complètement. Oh, pas dans les années à venir. Mais dans un délai tout de même relativement court de quelques milliers d’années. Les conséquences de la fonte de la calotte glaciaire du Groenland seraient dramatiques. Sur les courants marins qui s’en verraient complètement chamboulés. Mais surtout, sur le niveau de la mer. Il s’élèverait alors de plus de 6 mètres ! Dévastateur pour les milliards de personnes qui vivent le long des côtes.

Plusieurs études précipitent le Groenland vers son point de basculement

Ces travaux sont d’autant plus inquiétants que d’autres ont révélé récemment, pour les uns, une fonte plus rapide que ne la pensaient les glaciologues, et pour les autres, des mécanismes inattendus qui ont effectivement tendance à précipiter le Groenland vers son point de non-retour.

Dans la revue Nature Communications, des chercheurs du Max Planck Institute for Marine Microbiology (Allemagne) expliquent ainsi que des algues qui prolifèrent sur les glaciers du Groenland, malgré la faible présence de nutriments, noircissent les surfaces. Avec pour conséquence, un rayonnement solaire renvoyé moins efficacement vers l’espace, ainsi que des températures et une fonte qui s’accélèrent. « Sur la côte ouest du Groenland, environ un dixième de la fonte des glaces est déjà causé par ces habitants microscopiques », assure Laura Halbach, l’auteure principale de ces travaux, dans un communiqué.

Justement, le modèle développé par les chercheurs pour prévoir le point de basculement du Groenland identifie l’ouest de la région comme particulièrement important. Pour comprendre, il faut rappeler que, lorsque les glaces fondent, le poids qui pèse sur la roche diminue et les sols s’élèvent. Les glaciologues expliquent que la montée en altitude permet de préserver des zones de glace. Mais si le rythme de la fonte devient trop important, l’ajustement du paysage ne se fait plus assez vite.

Une seule issue, réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre

C’est essentiellement sur ce phénomène, qu’ils jugent capital, que les chercheurs ont basé leur modèle. Ils montrent ainsi que tant que la topographie de l’ouest du Groenland reste élevée, la perte de glace globale sur la région ne s’emballe pas. Mais lorsque la fonte prend le dessus, c’est jusqu’à 80 % de la masse de la calotte glaciaire qui est perdue.

Face au risque qui se précise, les scientifiques s’organisent. Grâce à un programme d’envergure baptisé Forecasting Tipping Points, ils espèrent améliorer la compréhension qu’ils ont des points de basculement climatiques et développer un système d’alerte précoce pour les changements climatiques qui en découleraient. Parmi les projets financés par ce programme, l’initiative Grail – pour GReenland ice sheet to Atlantic tipping points from Ice-sheet Loss – cherchera à comprendre comment la fonte des glaciers du Groenland libère de l’eau douce dans l’Atlantique Nord et affecte ainsi la circulation océanique et avec elle, tout le climat mondial.

En parallèle, il apparaît plus que jamais urgent de réduire enfin nos émissions de gaz à effet de serre afin d’éviter que le pire des scénarios ne se produise. D’autant qu’une équipe internationale souligne aujourd’hui également, dans la revue Science, que si nous n’atteignons que les 2,7 °C de réchauffement – le niveau de réchauffement projeté selon les engagements actuels -, les conséquences seront considérables et qu’« aucun secteur de la société ne sera épargné ».

La seule « bonne » nouvelle de l’histoire nous vient de Paul Bierman, un expert en géosciences qui étudie l’histoire environnementale du Groenland et de sa calotte glaciaire. Chercheur à l’université du Vermont (États-Unis), il rappelle en effet que le climat rude et les vastes étendues sauvages du Groenland ont longtemps entravé les efforts coloniaux. C’est bien un iceberg détaché de cet inlandsis qui est responsable du naufrage du Titanic en 1912. Mais Paul Bierman affirme surtout que le changement climatique ne fait finalement qu’amplifier les risques naturels dans la région. De quoi rendre « l’extraction des ressources et les efforts militaires au Groenland incertains, coûteux et potentiellement mortels ». N’en déplaise à Donald Trump…

Source: futura sciences