Océan Indien occidental : l’insécurité coûte $1,14 Mrd l’an
11 décembre 2025
11 décembre 2025
Les menaces maritimes dans l’océan Indien occidental ponctionnent chaque année 1,14 milliard de dollars à l’économie régionale, soit 5,7% du produit marin brut de la zone.
L’économie bleue de l’océan Indien occidental, moteur économique vital de la région, est gravement compromise par l’insécurité maritime qui coûte 1,14 milliard de dollars américains par an, selon un rapport dévoilé dimanche lors d’une rencontre régionale à Maurice, indique un communiqué de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) parvenu lundi à APA.
Cette rencontre de trois jours, co-organisée par la CEA des Nations Unies et la Commission de l’océan Indien (COI), vise à lancer le rapport 2025 sur le coût de l’insécurité maritime dans l’océan Indien occidental, à valider un mécanisme de financement durable pour les structures de sécurité maritime régionale, et à adopter le Plan d’action de l’économie bleue de la COI 2026-2030.
Le rapport CEA-COI intitulé « Rocking the Boat : L’impact socio-économique des menaces maritimes dans l’océan Indien occidental (2025) » révèle l’immense valeur et la vulnérabilité de cette région.
Corridor stratégique pour le commerce mondial, l’océan Indien occidental dispose d’une base d’actifs océaniques évaluée à 333,8 milliards de dollars et ses industries marines génèrent au moins 20 milliards de dollars de production annuelle.
L’océan soutient des millions de vies, le secteur de la pêche employant à lui seul près de 4 millions d’Est-Africains, et constitue une artère essentielle pour environ 90 % du commerce international africain.
« La sécurité permet le développement, et le développement soutient la sécurité. L’océan Indien occidental est une artère stratégique vitale. Le coût de l’inaction dépasse le coût de la prévention », a déclaré Emelang Leteane, cheffe du Groupe sur les initiatives sous-régionales au Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique de l’Est, soulignant que « les coûts de l’inaction dépassent les coûts d’un investissement intelligent et soutenu dans la sécurité maritime. »
Au-delà de la perte annuelle de 1,14 milliard de dollars, le rapport souligne que même après le déclin de la piraterie depuis son pic de 2010-2012, les coûts de précaution et les primes d’assurance demeurent élevés, avec 164 millions de dollars dépensés annuellement en mesures anti-piraterie uniquement.
Les catastrophes environnementales, comme le déversement de pétrole du MV Wakashio en 2020, ont également démontré qu’un seul incident peut coûter des centaines de millions de dollars aux nations côtières.
Edgard Razafindravahy, secrétaire général de la COI, a souligné la fragilité financière des dispositifs actuels de sécurité. « Pour protéger les moyens de subsistance, les économies et les écosystèmes marins, ces capacités doivent être intégrées dans les budgets nationaux et régionaux, les lacunes en matière de données doivent être comblées et la coopération doit s’approfondir. » Selon lui, « la sécurité de la région et sa prospérité bleue évoluent de concert. »
Pour faire face à cette crise financière, le rapport propose une feuille de route claire comprenant notamment l’intégration complète de la sécurité maritime dans toute planification de l’économie bleue, la mise en place d’un mécanisme de financement régional prévisible et durable combinant contributions des États membres et revenus des activités de l’économie bleue.
A cela s’ajoutent l’opérationnalisation d’une surveillance partagée avec harmonisation des formats de rapportage nationaux, le renforcement de la lutte contre la pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN), l’amélioration de la préparation aux crises majeures incluant les déversements de pétrole et les catastrophes climatiques, et le renforcement de l’action contre le trafic.
L’atelier en cours vise à transformer ces recommandations en réalité en finalisant le mécanisme de financement à long terme et en faisant progresser le Plan d’action pour l’économie bleue, un effort crucial pour transformer les vastes ressources océaniques de la région en un moteur de prospérité inclusive et résiliente face au climat.