Mission réussie pour ce robot sous-marin : il s’est aventuré dans la région la plus inaccessible du monde
11 décembre 2025
11 décembre 2025
Il y a des endroits sur notre bonne vieille Terre où il ne fait pas bon vivre, et les eaux glaciales de l’Antarctique de l’est figurent certainement parmi le top 10 des lieux les plus hostiles de la planète. Pourtant un petit robo jaune du programme Argo (programme scientifique de l’Unesco et de l’OMM visant à enrichir nos connaissances océanographiques) y a dérivé pendant deux ans et demi. Il s’est ensuite enfoncé dans les profondeurs, là où aucun instrument n’était jamais allé : sous les gigantesques plateformes de glace de Denman et de Shackleton.
Une mission risquée, puisque nombre de robots de ce programme s’y sont perdus, et disparaissant à jamais dans ces labyrinthes de glace, mais celui-ci vient de revenir en parfait état. Il a rapporté avec lui des données essentielles sur l’Océan austral, qui ont fait l’objet de la parution d’un article le 5 décembre dans la revue Science Advances. Certes, ce petit flotteur n’est pas aussi starifié que Figure 03 ou Optimus de Tesla, mais son exploit dépasse de loin ce tout que ces machine sont capables de faire.
Sous les épaisses plateformes de glace situées dans cette zone, c’est un enfer glacé : les eaux océaniques qui les soutiennent ne dépassent jamais les 1° C, il y règne une obscurité totale et la pression est extrêmement intense. Pour ne rien arranger, de violents courants sous-marins en spirale s’y enroulent comme des fouets et peuvent broyer un robot en quelques secondes. Un no man’s land océanique redouté par les meilleurs océanographes tellement ce territoire est hostile.
Ce petit flotteur qui s’y est aventuré a donc été modifié pour résister à cet environnement. Pendant deux ans et demi, il a dérivé sur près de 300 kilomètres, en collectant quelque 200 rapports détaillant la température, la salinité, la pression ou encore les concentrations en oxygène et en nutriments des eaux. Puis un jour, contre toute logique, il est passé sous les plateformes de Denman et de Shackleton, où il a passé huit mois à enregistrer des données dans ce qui était, jusqu’ici, une zone totalement inaccessible.
« On a eu de la chance », admet l’océanographe Steve Rintoul (CSIRO). « Ces observations inédites nous apportent un nouvel éclairage sur la vulnérabilité des plateformes de glace ». Ce retour inopiné tient presque du miracle pour les chercheurs, puisqu’une fois qu’ils partent en mission, ils sont entièrement autonomes.
Il faut comprendre qu’ils sont minimalistes et conçus dans le simple but de résister à la pression et de collecter passivement des données, ils ne sont donc équipés d’aucun système de communication et ne perçoivent pas leur environnement. Au moindre pépin, ils peuvent se retrouver coincés et ne jamais remonter.
Avant de comprendre les mesures relevées, il est nécessaire de rappeler le rôle des plateformes glaciaires sous lesquelles il est resté bloqué durant ces huit mois. Vastes étendues de glace flottantes, elles agissent comme une butée qui ralentit l’écoulement des glaciers continentaux vers les eaux océaniques. Voilà pourquoi il est nécessaire de les surveiller : le rythme de la fonte des glaces et de la montée du niveaux des mers à l’échelle du globe dépend, en partie, de leur bonne santé.
La plateforme de Shackleton, située plus au nord, reste pour l’instant protégée par des eaux particulièrement froides qui isolent sa base. Les données du robot ont confirmé qu’elle n’était pas menacée dans l’immédiat et qu’il n’y avait « aucune intrusion thermique notable [NDLR : eaux plus chaudes qui peuvent menacer son intégrité] ».
La plateforme de Denman, en revanche, est dans une situation beaucoup plus précaire. Elle est doit désormais affronter des circulations d’eaux chaudes, un phénomène qui pourrait accélérer l’érosion de sa base. Si cette barrière naturelle venait à céder et que le glacier Denman disparaissait entièrement, le niveau des mers à l’échelle mondial pourrait grimper d’un mètre et demi.
Des nouvelles en demi teinte donc, mais les scientifiques du programme Argo se félicitent tout de même du retour du robot. « Déployer davantage de flotteurs le long du plateau continental antarctique transformerait notre compréhension de la vulnérabilité des plateformes de glace face aux changements océaniques », explique Rintoul. Même si la probabilité qu’il reviennent saufs est infime, il est tout simplement impossible de renoncer à la valeur scientifique des données qu’ils rapportent de ces fonds marins. Pour l’instant, on ignore encore si d’autres seront envoyés, mais le retour de ce flotteur pourrait aider Argo à en concevoir des plus résistants à l’avenir : la fiabilité de nos modèles de prévision en dépend.