Même la nature s’y met contre Moscou: la Baltique par laquelle transite 40% du pétrole russe est paralysée par la glace
27 février 2026
27 février 2026
Les États-Unis ont retiré aux ports de Douala et de Kribi leurs exemptions en matière de sûreté maritime, imposant dès ce 25 février 2026 des contrôles renforcés aux navires ayant fait escale au Cameroun.
Les ports russes du golfe de Finlande sont en état d’alerte. La banquise n’y a jamais été aussi étendue et aussi épaisse depuis plus de quinze ans. L’alerte a été donnée par Alexandre Kolesov, météorologue en chef de Saint-Pétersbourg. Sur son compte Telegram, il explique que le golfe de Finlande est désormais presque entièrement recouvert de glace, une surface qui continue de s’étendre. L’épaisseur atteint actuellement environ 25 centimètres, et le ministère russe des Transports prévoit qu’elle pourrait grimper à 30 à 40 centimètres d’ici mars.
Cela s’explique par un hiver avec plusieurs vagues de froid durable sur la Baltique orientale et autour de Saint-Pétersbourg, un vent faible et une eau peu salée qui gèle facilement.
Or, à partir de 30 centimètres, seuls les navires certifiés « classe glace » peuvent naviguer de manière autonome. Tous les autres doivent être escortés par des brise-glace. Conséquence immédiate: la congestion a déjà commencé dans les ports russes. Les délais d’attente pour les convois se sont allongés à cinq à sept jours, selon un magazine maritime ukrainien.
Face à la situation, la flotte russe de brise-glace est mobilisée. Les ports stratégiques de Primorsk et de Vysotsk sont placés en alerte maximale. Sur leur site, les autorités portuaires russes expliquent qu’à partir du 1er mars, tous les navires non homologués « classe glace » doivent s’attendre à être immobilisés.
Les armateurs ont été officiellement prévenus des retards à prévoir. Moscou redéploie actuellement des brise-glace depuis l’Arctique pour les concentrer sur cette zone du golfe de Finlande. Le ministère des Transports a même sollicité Rosatom pour la mise à disposition d’un brise-glace à propulsion nucléaire.
Mi-février, le quotidien économique russe Kommersant alertait déjà sur une pénurie de brise-glace dans la Baltique. Le temps d’escorte d’un navire peut désormais dépasser douze heures. Dans une lettre adressée au ministère des Transports, l’Association russe de l’acier s’inquiète des conséquences sur les exportations métallurgiques:
« Malgré les flottes de navires ‘classe glace’ utilisées par les acheteurs pour le transport de cargaisons métallurgiques, la pénurie de brise-glace dans le bassin de la Baltique nécessite des escortes individuelles pour les flottes non ‘classe glace' », ces escortes durant de 16 à 24 heures.
Un responsable du groupe Rusal s’est également plaint de la situation. Il explique que les navires transportant de l’alumine, indispensable aux fonderies d’aluminium, sont traités en dernier et restent bloqués trop longtemps dans les ports de la Baltique.
Kommersant cite aussi un responsable portuaire, Alexander Masko, selon lequel ces restrictions « pourraient entraîner une réduction de la production destinée à l’exportation, voire son arrêt complet », notamment pour les métaux ferreux et non ferreux, les engrais minéraux et d’autres produits.
Autre conséquence, plus technique: l’épaisseur et la densité de la glace sont telles que certaines inspections sous-marines obligatoires deviennent physiquement impossibles. Autour de l’île de Gogland, par exemple, les plongeurs ne peuvent plus intervenir. Cette procédure, qui dure habituellement onze heures en mer Baltique, est désormais quasi impraticable.
Selon une source citée par Kommersant, l’impact sur les coûts logistiques à l’exportation atteindrait entre 0,50 et 1,50 dollar par tonne de cargaison. Pour le seul secteur charbonnier, la facture pourrait se chiffrer en centaines de millions de dollars.
Le golfe de Finlande concentre à lui seul 40% des exportations de pétrole russe par voie maritime. Le port de Primorsk a vu ses exportations chuter à 490.000 barils par jour durant la première quinzaine de février: 30 % de moins que l’an dernier, et 50 % de moins qu’en 2004.
Une situation inédite depuis février 2010. À l’époque, plus de cent navires étaient bloqués dans les ports russes, dans l’attente de brise-glace pour dégager les routes maritimes. Des files d’attente interminables, des retards majeurs pour la navigation commerciale, et des coûts élevés liés au carburant, à l’immobilisation des navires et à la location de bâtiments certifiés « classe glace ».