Méditerranée : En surchauffe, la Grande Bleue se tropicalise et voit rouge …

 

Les incendies frappent durement l’Occitanie. Un autre feu frappe, lui, en silence la vie sous-marine. Sous forme de vagues de chaleur inédites, plus intenses, longues et fréquentes. Ponte précoce des huîtres, modification des herbiers, déclin des gorgones, blanchissement des coraux et bénitiers … Les scientifiques de l’Ifremer assistent à une hécatombe. Y compris dans les lagunes victimes d’un « effet loupe ». Chercheur à l’Ifremer, Franck Lagarde évoque une prise de conscience depuis cinq ans.

Ecologue à l’Ifremer de Sète, Franck Lagarde dit : « Les Parisiens ont ressenti dans leur appart ce qu’est une canicule mais les organismes marins et notamment le phytoplancton ressentent, eux, les canicules marines depuis 30 ans ! Et des écarts à la normale sont autant l’été que l’hiver. Ce qui poussent les organismes vivants à leurs limites de tolérance. Certains n’ont plus la force de résister et sont remplacer par d’autres.

C’est ce que l’on appelle des acteurs émergents. Le plus connu est apparu en 2018. C’était le phénomène des « eaux vertes » dues à une nouvelle espèce, le picochlorum tauri, une première dans Thau. Un organisme émergent qui supporte, lui, la chaleur. Les coquilles d’huîtres avaient aussi une teinte verdâtre inhabituelle : c’est là aussi un organisme émergent dans la lagune de Thau, nommé ostréobium, qui n’a jamais été décrit.

L’espèce n’est pas encore caractérisée, cela va demander quelques mois voire quelques années de travail selon les financements pour en faire la génomique. »

On relance l’élevage des moules en mer

Sous l’eau, les paysages se transforment. Les lagunes se mettent à bouillir. En mer, gorgones, posidonies et tant d’espèces, si utiles à l’environnement marin de Méditerranée souffrent, s’épuisent, tentent de s’adapter. Certaines grandissent plus vite et modifient leur cycle de vie … D’autres s’impatronisent comme la cynodocea nodosa dans l’étang de Thau qui progresse année après année sans que l’on sache qu’elles conséquences cela va engendrer … Elle perd en tout cas ses feuilles l’hiver ; un feuillage qui servait, chez d’autres espèces, d’abri à des espèces locales.

L’élevage des moules s’annonce « compromis » dans l’étang de Thau « où la température moyenne a cru de 1,5 degré en 20 ans et de + 2,7 degrés depuis les années 1960, ce qui est colossal », selon Franck Lagarde de L’Ifremer, basé à Sète. Le Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée (CRCM), lui, a même relancé les fameuses filières en mer. Président du CRCM, Patrice Lafont valide. « L’objectif est d’expérimenter les filières italiennes. Il existe aussi des filets de protection face aux daurades qui raffolent des moules à placer autour des cordes d’élevage mais c’est onéreux, fastidieux ; ça nuit à la croissance et cela produit des déchets plastiques donc on aimerait éviter …  » Pour que la mytiliculture ne disparaisse pas. Et qu’une menace supplémentaire ne s’abatte pas sur les quelque 2 000 emplois directs de la conchyliculture.

Source : Dis-leur