L’océan est capable de provoquer une vague de chaleur sur terre : la preuve concrète

 

Les océans ne reçoivent pas uniquement l’excès de chaleur lié aux activités humaines, ils sont aussi capables d’envoyer de la chaleur et ainsi de détraquer les conditions météo sur terre. 

Depuis 2020, la hausse des températures a subi une accélération sans précédent, et cela, sur terre, comme dans les océans. Dans l’Atlantique, le Pacifique, ou encore en Méditerranée, les canicules marines se multiplient, et jamais la température globale de surface des océans n’a été aussi élevée. 

Thibaut Guinaldo est chercheur en analyse des extrêmes climatiques pour Météo-France. Cet expert des vagues de chaleur marines et des interactions avec la variabilité du climat a récemment exposé les dernières découvertes sur l’impact terrestre du réchauffement des océans : « Prévoir la météo sans tenir compte des extrêmes océaniques est devenu un pari risqué ».

Pour appuyer ce constat, un cas concret : la vague de chaleur marine de juin 2023 autour des îles Britanniques. C’est justement à cette époque que le nord-est de l’océan Atlantique a connu sa plus longue vague de chaleur marine jamais observée, avec un excédent de chaleur de près de 3 °C lors d’un plateau. Localement, la température a dépassé la normale de +4 à +5 °C en mer du Nord et au nord de l’Irlande.

« Une fois installée, cette vague de chaleur marine n’est pas restée confinée à l’océan », explique le chercheur. Cela a eu des conséquences sur les terres avoisinantes, en particulier les îles Britanniques. « Les températures de l’air au-dessus des îles Britanniques ont été en moyenne 1 °C plus élevées lors de la deuxième quinzaine de juin et jusqu’à +1,5 °C localement certains jours ».

Cela a mené à un record : le mois de juin a été le plus chaud enregistré au Royaume-Uni depuis le début des relevés météo. « Environ les deux tiers de cette anomalie terrestre (0,6 °C) seraient directement liés à la chaleur liée à la vague de chaleur marine et au maintien de conditions peu nuageuses (rétroactions positives avec les températures de l’océan) ».

« De telles températures devraient devenir courantes d’ici le milieu du siècle dans un scénario d’émissions élevées de gaz à effet de serre », peut-on lire dans l’étude sur ce cas publiée dans Communications Earth & Environment.

L’Angleterre a connu une chaleur record en juin 2023, directement liée à la vague de chaleur marine. © erika8213, Adobe Stock

Mais c’est en fait toute la météo qui a été directement influencée par cet océan surchauffé : les brises de mer ont été renforcées et la pluie a été bien plus abondante (« +20 à +25 % lors de la phase active de l’événement »).

 

La météo des villes côtières est directement impactée

 

Au niveau plus local, les vagues de chaleur marines influencent fortement la météo des villes du littoral. « Lors d’une vague de chaleur marine, les températures de l’air et l’humidité augmentent dans les villes voisines. Cela impacte fortement la température ressentie. Autrement dit : même si la température de l’air ne change que légèrement, la combinaison chaleur+humidité rend les conditions beaucoup plus difficiles à supporter », explique Thibaut Guinaldo.

Le mécanisme est de plus en plus courant, notamment en France, le long de la Méditerranée. De grandes cités balnéaires comme Nice, Cannes et Marseille sont directement concernées. Thibault Guinaldo le rappelle : « L’océan ne se contente pas de subir les vagues de chaleur, mais il peut aussi les amplifier ».

Le ressenti à Marseille, sur terre, dépend aussi de la température de la mer. © Henryk Sadura, Adobe Stock

Une autre étude publiée dans AGU, sur laquelle se base le chercheur de Météo France, précise tout de même que « notre compréhension de l’influence potentielle des vagues de chaleur marines sur les vagues de chaleur atmosphériques reste limitée ».

Mieux comprendre les conséquences de la surchauffe des mers et océans ouvre la voie à un domaine qui suscite un intérêt majeur : « l’amélioration des prévisions saisonnières », des prévisions météo à trois mois, voire plus, qui sont déterminantes pour l’agriculture, le tourisme et l’économie.

Source : Futura