L’Islande reprend la chasse à la baleine, pour la première fois depuis deux ans
25 juin 2026
25 juin 2026
Les premières victimes pourraient être débarquées dimanche. Pour la première fois depuis deux ans, un navire a quitté la terre ferme pour partir à la chasse à la baleine, samedi 20 juin. Une opération, dénoncée par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) dans un contexte de plus en plus tendu autour de cette question(nouvelle fenêtre).
Avec le Japon et la Norvège, l’Islande est l’un des rares pays au monde à continuer de pratiquer cette pêche, 40 ans après l’entrée en vigueur du moratoire sur la pêche commerciale à la baleine qui interdit la pratique.
Mais sur la petite île, la question est délicate : en 2024 et 2025, aucune campagne de chasse n’a été menée. En 2023, le gouvernement avait suspendu la chasse après un rapport(nouvelle fenêtre) pointant des méthodes qui ne respectaient pas la loi sur le bien-être animal.
Selon l’agence vétérinaire gouvernementale, les harpons explosifs utilisés par les chasseurs pour attraper les cétacés provoquaient en effet des agonies prolongées, pouvant durer jusqu’à cinq heures. Si Reykjavík a fini par réautoriser l’activité pour le rorqual commun et la baleine de Minke, elle a conservé son interdiction pour la baleine bleue.
Cette année, la reprise de la chasse à la baleine apparaît « hautement politique »
, suspecte Andreas Dinkelmeyer, responsable de campagnes chez IFAW qui travaille depuis 25 ans sur la question des baleines.
Le navire sorti en mer samedi appartient à la compagnie Hvalur hf, dernière grande compagnie baleinière islandaise, qui chasse notamment le rorqual commun, deuxième plus grand animal au monde après la baleine bleue, qui peut mesurer jusqu’à 27 mètres de long et est classé comme espèce « vulnérable ».
La société dispose cette année d’un quota de 150 rorquals. Son propriétaire, Kristján Loftsson, avait décidé d’interrompre les campagnes de pêche en 2024 et 2025, affirmant ne pas y trouver d’intérêt économique. Mais alors que la pression nationale et internationale pour mettre un terme à cette chasse se fait de plus en plus pressante – l’Islande pourrait réexaminer la législation sur ce sujet à l’automne – le chef d’entreprise pourrait vouloir envoyer un message.
« Nous nous demandons s’il poursuit des objectifs cachés, comme utiliser la chasse à la baleine pour attiser un débat politique, les rorquals servant alors de victimes collatérales,
avance Andreas Dinkelmeyer. Il veut montrer que la pratique existe toujours et que c’est toujours une activité économique. Mais je ne suis pas sûr qu’il ait besoin de chasser de la baleine cette année – ses congélateurs doivent encore être pleins des dernières campagnes de pêche. Mais s’il ne sort pas en 2026, il pourrait être facile pour le gouvernement islandais de prouver que la chasse à la baleine ne représente plus aucun intérêt ».
D’autant que la chasse à la baleine est devenue une activité assez peu rentable. Surtout que le Japon, qui a relancé la pratique en 2019(nouvelle fenêtre), ne se fournit plus auprès de Reykjavik et que la consommation moyenne des Islandais en viande de rorqual est estimée à à peine plus de quelques centaines de kilos par an.
Face à ce faible rendement, l’IFAW dénonce « une pratique à la fois inutile, cruelle et inhumaine »,
avec des « baleines traquées »
qui « subissent une grande souffrance et, souvent, une longue agonie après avoir été poursuivies sur de longues distances, puis frappées par un harpon ».
Andreas Dinkelmeyer, lui, regrette cette nouvelle sortie. « C’est un revers dévastateur. Le gouvernement avait une occasion claire de mettre fin à la chasse à la baleine cette saison, ou du moins de l’entraver, et il a laissé passer cette opportunité. Cette chasse inutile et brutale est scandaleuse et ne peut être justifiée en aucune circonstance ».
Pour l’heure, les licences de pêche en Islande sont en vigueur jusqu’en 2029. D’ici là, la question pourrait s’inviter dans un débat plus délicat : l’Islande doit tenir, le 29 août prochain, un référendum sur une reprise des négociations pour adhérer à l’Union européenne et devenir le 28ᵉ État membre de l’UE. Si le chemin est encore long, la poursuite de la pêche à la baleine sur l’île pourrait bien apparaître comme un point de blocage face aux Vingt-Sept, signataires, eux, de la Convention internationale pour la règlementation de la chasse à la baleine.