Les océans se vident de leurs poissons et les scientifiques tirent la sonnette d’alarme

 

Le réchauffement des océans est aujourd’hui reconnu comme une menace croissante pour les populations de poissons, avec des effets potentiellement dévastateurs pour les écosystèmes marins et les économies côtières. Une récente étude, publiée le 25 février dans la revue Nature Ecology & Evolution, met en lumière les répercussions profondes de cette tendance sur la biodiversité marine. Relayée par The Guardian, cette étude souligne que le phénomène pourrait entraîner une baisse significative des populations de poissons, ce qui pose un risque majeur pour la sécurité alimentaire mondiale et les moyens de subsistance des millions de personnes dépendant de la pêche.

 

Des résultats qui inquiètent

Des chercheurs, sous la direction de Shahar Chaikin, écologue marin au Musée national des sciences naturelles d’Espagne, ont analysé les données de 33 000 populations de poissons dans l’hémisphère nord sur la période comprise entre 1993 et 2021. L’étude compare l’effet du réchauffement progressif des océans avec celui des vagues de chaleur marines sur la biomasse des poissons.

Les chiffres montrent une diminution de 7,2 % des populations de poissons pour chaque hausse de 0,1 °C des températures des fonds marins par décennie. La perte de biomasse, liée uniquement au réchauffement chronique, pourrait atteindre 19,8 % en une année. Ces valeurs, selon Chaikin, peuvent sembler faibles prises isolément mais « sont qualifiées de « sidérants et profondément préoccupants » » lorsqu’elles s’accumulent dans le temps à l’échelle des bassins océaniques.

Ça varie beaucoup selon les régions

Le déclin de la biomasse de poissons n’est pas uniforme. Certaines zones ont été plus touchées que d’autres. Les côtes de la Chine et du Japon ont enregistré des baisses atteignant jusqu’à 35 %. En comparaison, le réchauffement global des océans a déjà causé un déclin de 4 % des captures durables, entraînant une perte de 1,4 million de tonnes de poissons entre 1930 et 2010. Des régions telles que la mer de Chine orientale et le courant de Kuroshio au Japon ont connu des chutes dramatiques, avec des stocks de poissons plongeant de 15 % à 35 %.

À l’inverse, certaines régions semblent temporairement bénéficier des réchauffements : la province de Terre-Neuve-et-Labrador, la mer Baltique, et le plateau continental du nord-est des États-Unis ont observé des augmentations passagères des stocks.

Le réchauffement des océans, une conséquence directe du changement climatique, reste la cause principale du déclin des populations de poissons. Cependant, la surpêche accentue ce phénomène, aggravant les conséquences sur l’environnement marin. Au-delà du risque écologique, les effets sont aussi économiques et sociaux. Les pays d’Asie orientale, qui dépendent fortement de la pêche, pourraient devoir importer davantage de poisson, entraînant une hausse des prix et affectant l’accessibilité pour de nombreuses populations.

Le réchauffement des fonds marins touche non seulement la reproduction des poissons, mais réduit aussi la diversité des espèces capables de survivre dans des conditions extrêmes. Dr Chris Free, écologiste quantitatif à l’Université de Californie, souligne que malgré un déclin apparent de 4 %, cette baisse représente une perte importante en tonnes métriques, remettant en question la durabilité de certaines pêcheries.

Source : rse-magazine