Les océans battent un record de chaleur, et « le réchauffement s’accélère au fil du temps », alerte une océanographe
3 juillet 2026
3 juillet 2026
La température moyenne à la surface des océans a frôlé les 21 degrés en moyenne en juin. Un nouveau record, annoncé ce mercredi par l’observatoire européen Copernicus Marine.
Les océans, qui absorbent 90% des excès de chaleur générés par les activités humaines, viennent de connaître le mois de juin le plus chaud jamais observé, selon les données publiées par l’observatoire Copernicus Marine. Depuis le début de l’année, les quatre cinquièmes de la surface océanique ont connu des vagues de chaleur marines, et près de la moitié a souffert de canicules extrêmes. De nouveaux records pourraient être battus en 2026, sous l’effet combiné d’El Niño, qui entraîne une hausse des températures, et du réchauffement climatique. « Un ou deux degrés de plus à la surface, c’est déjà énorme, comme si nous, nous avions plus de 40 degrés de fièvre« , selon Julie Deshayes, océanographe, physicienne et directrice de recherche au Laboratoire d’océanographie et du climat du CNRS.
franceinfo : Est-ce que ce réchauffement des mers est observé depuis longtemps ?
Julie Deshayes : Oui, on l’observe depuis des décennies. Pour pouvoir observer ce réchauffement, il faut des moyens d’observation. Les données à grande échelle ne sont disponibles que depuis 2003, avec le programme international Argo qui mesure la température des océans. Or, en ce moment, le financement de ces grands programmes d’observation est fragilisé.
« Sans ces observations, on ne pourra pas continuer de décrire, d’étudier et d’anticiper le futur du réchauffement global. »
Julie Deshayes, océanographe, physicienne, directrice de recherche au Laboratoire d’océanographie et du climat du CNRSà franceinfo
Le réchauffement des océans s’accélère au fil du temps, il est de plus en plus intense, et son ampleur montre qu’il n’est pas dû à des variations naturelles, que peut, par exemple, provoquer El Niño. Avec El Niño, les océans sont plus chauds, mais après, les anomalies disparaissent. Là non, on voit une vraie tendance, significative de réchauffement des océans, depuis au moins 20 ans.
Est-ce que le réchauffement a des effets sur les écosystèmes des grandes profondeurs ?
Le réchauffement fait des dégâts à toutes les profondeurs, jusqu’au fond de l’océan. Dans l’océan, la température de l’eau varie naturellement très peu. Un ou deux degrés de plus à la surface, c’est déjà énorme, comme si nous, nous avions plus de 40 degrés de fièvre. Et plus on va en profondeur, moins la température est naturellement variable. Donc, même quelques dixièmes de degrés de réchauffement en profondeur, c’est considéré comme une anomalie majeure, et ça a un impact très fort sur la faune et la flore. Tous les écosystèmes de la planète sont touchés par le changement climatique.
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Certaines mers se réchauffent-elles plus vite que d’autres ?
Oui, on observe un réchauffement accéléré aux hautes latitudes, au niveau des pôles. Ce sont des régions très sensibles pour le climat, qui peuvent accélérer le réchauffement des océans et toucher les calottes polaires, comme c’est le cas en Antarctique. En Arctique, on voit des effets sur la glace de mer, qui a décru très rapidement dans les dernières décennies. Les écosystèmes des pôles sont très vulnérables et le réchauffement de ces zones a des impacts à grande échelle.
Est-ce que la mer peut se régénérer si on la protège correctement ?
Les climatologues disent depuis longtemps quelles sont les solutions pour s’adapter au changement climatique et pour le limiter. En ce qui concerne les mers, on a, par exemple, défini des aires marines protégées.
« Ces aires n’ont de protégées que le nom, puisque la pêche intensive peut y être autorisée. »
Julie Deshayes, océanographe, physicienne, directrice de recherche au Laboratoire d’océanographie et du climat du CNRSà franceinfo
Il faut commencer par protéger vraiment les écosystèmes de ces zones et puis, modifier leur définition géographique, pour qu’elles s’adaptent aux migrations de certaines espèces, qui sont provoquées par le réchauffement climatique. Si on veut vraiment protéger les océans, saisissons-nous de cet outil que sont les aires marines protégées.
Le réchauffement des mers accentue-t-il celui de l’air et les événements climatiques extrêmes ?
Tout à fait et il accentue les pressions directes de l’homme sur ces écosystèmes. La première raison pour laquelle les écosystèmes de la Terre sont en danger, ce sont les pressions anthropiques, les pressions que l’homme fait peser sur les ressources et les pollutions en tous genres. Le réchauffement climatique est une conséquence de ces pressions. C’est tout cela qu’il faut arrêter si on veut pouvoir réellement protéger les écosystèmes. À l’heure actuelle, ce n’est pas la connaissance scientifique qui manque, c’est la volonté politique.