Les États-Unis de Trump en voie de lancer l’exploitation minière des fonds marins?

 

L’assemblée de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) s’est terminée mercredi sans entente sur un appel pressant lancé par plusieurs pays, des scientifiques et des groupes écologistes en faveur d’un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins. Les États-Unis ont même annoncé de leur côté un accord avec les îles Cook qui pourrait accélérer le démarrage de l’industrie, avec en tête de liste une entreprise canadienne.

Malgré une décennie de négociations sur un « code minier » censé encadrer l’exploitation des ressources minières qui se retrouvent dans certains des derniers écosystèmes qui n’ont pas encore subi les impacts de l’activité humaine, l’AIFM n’est pas parvenue à conclure une entente, dans un contexte de profondes divisions politiques.

Parmi les 168 pays membres de cette organisation de l’ONU, 38 plaident pour le maintien d’un moratoire sur l’exploitation au cours des prochaines années. Le Canada fait d’ailleurs partie de ces États, appuyés par des scientifiques et les groupes écologistes, qui estiment que les risques environnementaux sont trop méconnus pour ouvrir la porte à l’extraction minière dans les océans.

D’autres font pression pour aboutir à l’adoption de règles en eaux internationales — une formalité reportée au moins à 2026 — censées permettre aux entreprises qui détiennent déjà des droits d’exploration de passer à la phase d’exploitation.

Il faut dire que l’AIFM a accordé pas moins d’une trentaine de « contrats » d’exploration valides pour 15 ans à différentes entreprises. On retrouve de ces permis dans les eaux internationales de l’océan Pacifique, de l’océan Atlantique et de l’océan Indien. Une vaste région du Pacifique située à l’ouest du Mexique suscite toutefois particulièrement la convoitise : la zone de Clarion-Clipperton. Des permis pour plus de 1,2 million de kilomètres carrés y sont actifs ; ils sont détenus par 16 promoteurs différents.

Ce sont ces promoteurs qui font « pression » pour imposer des « délais artificiels » à l’AIFM, et ce, malgré « l’incertitude scientifique », a d’ailleurs déploré Surangel Whipps, président des Palaos, un archipel situé dans le Pacifique. Un point de vue relayé par la Deep Sea Conservation Coalition, qui a plaidé de nouveau mercredi pour le maintien du moratoire sur l’exploitation afin de prévenir « des dommages environnementaux sévères ».

« Sommes-nous prêts à mentir à nos enfants, à affirmer par exemple que l’exploitation des grands fonds contribuerait à la transition verte, à nier le fait que les conséquences socio-économiques sur nos propres populations littorales seraient désastreuses ? » avait aussi lancé l’ambassadeur français pour les océans, Olivier Poivre d’Arvor, à l’ouverture des discussions de l’AIFM à la fin juillet, appelant à ne pas commettre « l’irréparable ».

Les experts de l’unité Étude des écosystèmes profonds de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER) ont déjà fait une mise en garde contre les répercussions potentielles de cette industrie : destruction d’habitats, panaches de particules, bruits, vibrations, remise en circulation de sédiments et de composés toxiques qui pourraient voyager sur de très grandes distances, etc.

Sans oublier les risques de bouleverser plus généralement la santé globale des océans, qui absorbent une part importante des émissions de gaz à effet de serre imputables à notre dépendance aux énergies fossiles, en plus de produire plus de la moitié de l’oxygène essentiel à la vie sur Terre.

 

Washington veut aller vite

 

Les États-Unis de Donald Trump, qui ne sont pas membres de l’AIFM, ne l’entendent toutefois pas ainsi. Après avoir décidé unilatéralement d’accélérer l’octroi de permis d’exploitation, y compris dans les eaux internationales, Washington a annoncé mercredi la signature d’un accord avec les îles Cook, dont les fonds marins suscitent de plus en plus la convoitise. « Les minéraux du plancher sous-marin sont cruciaux pour développer et alimenter la technologie d’aujourd’hui et de demain », a justifié le département d’État américain.

Les îles Cook revendiquent l’un des plus importants gisements de nodules polymétalliques (riches en nickel, cuivre, cobalt et manganèse) au monde, et les partisans de l’exploitation font valoir l’utilité de ces ressources minières pour la « transition » hors des énergies fossiles.

La volonté américaine d’aller de l’avant rapidement avec l’extraction minière à plusieurs centaines, voire à plusieurs milliers, de mètres de profondeur a incité l’entreprise canadienne The Metals Company (TMC) à déposer la première demande d’exploitation minière dans les eaux internationales. Cette demande, adressée aux autorités américaines par sa filiale TMC USA, concerne des parcelles d’un total de plus de 25 000 km2.

TMC a justifié ce court-circuitage de l’AIFM par la lenteur de l’organisation à adopter le « code minier » dans les fonds marins, qui sont considérés par l’ONU comme « patrimoine mondial de l’humanité ». L’AIFM a toutefois récemment adressé une mise en garde juridique qui visait directement TMC, en faisant valoir que tout projet industriel d’exploitation hors du cadre de l’Autorité risquerait de contrevenir au droit international.

Cette décision « fait voler en éclats la crédibilité de The Metals Company et sert d’avertissement sérieux pour d’autres qui pourraient envisager ce chemin irréfléchi », a fait valoir Louisa Casson, de Greenpeace.

Source : le devoir