Le Traité sur la haute mer, une première étape pour mieux protéger l’océan

 

Le Traité sur la haute mer entrera en vigueur ce samedi 17 janvier. Soit 120 jours après sa ratification par 60 pays le 19 septembre dernier. Le Maroc et la Sierra Leone ont été les 60e et 61e pays à ratifier ce traité, rejoints depuis par une vingtaine d’autres pays, dont la Chine.

Il s’agit d’un processus débuté en juin 2023 au siège des Nations unies lorsque le texte de l’accord dit BBNJ avait été adopté. Ce traité baptisé « Biodiversity Beyond National Jurisdiction » a pour objectif de préserver et d’utiliser durablement la biodiversité marine dans les zones situées dans les eaux internationales, c’est-à-dire près de deux tiers de la surface de l’océan.

« Ce texte est le premier traité contraignant qui s’applique à 50 % de la surface du globe et 65 % de la mer. Jusqu’à présent, cet espace était non réglementé, à l’exception de conventions régionales de pêche », se félicite Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur pour les pôles et les enjeux maritimes, qui a personnellement oeuvré pour la ratification de ce traité, notamment lors de la Conférence des Nations Unies sur les océans, l’UNOC, qui s’est tenue à Nice en juin dernier.

Des aires marines protégées internationales

De l’avis de tous les experts, ce traité est primordial si la communauté internationale veut atteindre l’objectif, fixé par la COP15 sur la biodiversité en 2022, de protéger 30 % de l’océan d’ici à 2030. Cet objectif correspond à plus de 12 millions de km2 à protéger chaque année, durant les cinq prochaines années, soit une surface plus grande que celle d’un pays comme le Canada.

Pour y parvenir, le traité BBNJ autorise les Etats à créer des aires marines protégées (AMP) dans les eaux internationales. A l’image des AMP nationales, ces zones sont censées être des sanctuaires où toute activité, notamment extractive, perturbant la faune et la flore marines est interdite.

L’Alliance pour la haute mer, qui réunit 70 ONG et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a identifié des zones qui pourraient constituer la première génération d’AMP en haute mer, notamment les monts sous-marins de Salas y Gómez et Nazca, dans les eaux profondes du Pacifique Sud-Est, la mer de Tasman située entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ou encore la mer des Sargasses dans l’Atlantique nord.

Partager les ressources génétiques

Au-delà des AMP internationales, le traité doit permettre de mieux partager les ressources génétiques marines qui pourraient être exploitées dans les eaux internationales. Le traité prévoit aussi un transfert des technologies marines vers les pays en voie de développement. « C’est un traité à la fois protecteur, rémunérateur et partageur », résume Olivier Poivre d’Arvor.

Pour l’heure, le type de ressources exploitables, le partage des revenus ou encore les règles de sécurité qui devront être respectées par les Etats signataires ne sont pas encore gravés dans le marbre. Ce sera l’objet de la COP1 des océans, qui devrait avoir lieu en début d’année 2027 à New York.

Une COP de plus donc, alors que ces grands sommets internationaux sur le climat et la biodiversité sont déjà jugés trop récurrents, parfois redondants, y compris par la ministre de la Transition écologique en France, Monique Barbut. « Cette COP sera bien différente des COP climat et biodiversité. Ce sera une COP de copropriété en quelque sorte, avec un espace territorial défini à gérer, des règles de conduite à édicter. Ce sera beaucoup plus pratique et concret », défend Olivier Poivre d’Arvor.

Record de chaleur dans les océans

Pour être vraiment efficient, le traité devra aussi élargir la base de ses ratifications. Car si 145 Etats l’ont signé, 81 pays seulement l’ont ratifié à ce stade. On compte de grands absents : l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Inde, mais aussi les Etats-Unis et la Russie.

La préservation des océans est pourtant une priorité et un enjeu climatique de taille. 2025 a été la neuvième année d’affilée où la chaleur stockée par les océans a atteint un record.

Les océans absorbent en effet environ 90 % de l’excès de chaleur provoqué par les émissions humaines de gaz à effet de serre. Un phénomène propice à l’élévation du niveau de la mer, à la formation des ouragans et au dépérissement des coraux.

Source : Les Echos