Le Sénégal teste ses ambitions dans l’aquaculture marine

 

Au Sénégal, comme dans la plupart des pays côtiers africains, l’offre de poissons repose surtout sur la pêche maritime ou continentale. Les autorités intensifient leurs efforts en vue de développer l’aquaculture, considérée comme une alternative plus durable pour l’approvisionnement.

Le Sénégal expérimente pour la première fois l’aquaculture en mer. Dans un communiqué publié le 27 juillet sur son site, l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA) a annoncé l’implantation des premières cages flottantes du pays dans les eaux maritimes de Diakhanor, dans la commune de Palmarin.

Réalisé en partenariat avec Atlantic Mariculture, une entreprise sénégalaise engagée dans le développement de l’aquaculture, le projet est censé permettre, dans une phase pilote, d’acquérir une expertise nationale sur ce nouveau segment, tout en évaluant les conditions techniques et économiques nécessaires à son déploiement à plus grande échelle.

Ledit projet était en préparation depuis plusieurs mois. Déjà en avril 2026, le directeur général de l’ANA, Samba Ka, annonçait l’arrivée des équipements nécessaires à l’expérimentation. La ferme-pilote devait alors être constituée de deux cages flottantes de 25 mètres de diamètre, pour un investissement estimé à plus de 350 millions FCFA (607 000 $).

Selon les informations relayées par l’Agence de presse sénégalaise (APS), les autorités locales ont également accompagné la mise en place de l’initiative. La commune de Palmarin a attribué une superficie de 300 hectares pour faciliter le développement du projet. D’après l’ANA, cette ferme marine pourrait générer environ 400 emplois directs et jusqu’à 1 000 emplois indirects si l’ensemble de la chaîne de valeur est développé.

Un tournant pour le développement de l’aquaculture au Sénégal ?

L’installation de ces cages flottantes en milieu marin marque une évolution importante pour l’aquaculture sénégalaise, jusque‑là principalement orientée vers les systèmes continentaux. Depuis plusieurs années, les programmes publics ont surtout soutenu l’élevage de poissons dans des bassins, étangs ou encore des cages flottantes sur les fleuves qui traversent le pays.

Avec cette nouvelle approche, le pays peut désormais exploiter davantage son potentiel maritime et diversifier ses modes de production aquacole. Elle offre de nouvelles perspectives de production commerciales.

D’après la FAO, l’aquaculture marine en cage flottante offre un potentiel de productivité élevé grâce au renouvellement continu de l’eau assuré par les marées et les courants côtiers, à condition que les conditions d’élevage, notamment l’alimentation et la gestion technique, soient maîtrisées.

Ils ouvrent également la voie à la production d’espèces marines à plus forte valeur commerciale telles que le saumon, la dorade ou encore le bar, permettant ainsi de diversifier l’offre de poissons au‑delà du tilapia et du poisson‑chat, privilégiés dans l’aquaculture continentale. Par ailleurs, les espèces marines élevées sont très demandées sur les marchés internationaux et régionaux, ce qui peut accroître les exportations et donc les recettes.

Un levier pour accélérer la montée en puissance de la filière

Cette première expérience d’aquaculture marine intervient dans le cadre d’une stratégie plus large visant à faire changer d’échelle le secteur aquacole sénégalais. Dans le cadre du nouveau Plan stratégique de développement de l’aquaculture 2026‑2030, validé en mai 2026, l’ANA ambitionne en effet de multiplier par plus de six la production aquacole nationale, pour la porter à 20 000 tonnes en 2030, contre 3 049 tonnes en 2025.

Pour atteindre cette cible, l’organisme public mise notamment sur une participation accrue du secteur privé, afin de mobiliser 36,51 milliards FCFA (64,9 millions $) d’investissements dans la chaîne de valeur. L’agence prévoit également d’assurer la disponibilité de 52 millions d’alevins par an et de favoriser l’émergence d’une industrie locale de fabrication d’aliments pour poissons afin de réduire la dépendance aux importations.

Avec la première ferme marine implanté à Palmarin, le défi sera désormais de transformer cette expérimentation en une activité durable et compétitive, capable de compléter les capacités de production de l’aquaculture traditionnelle.

En attendant l’offre de poissons issu de l’aquaculture reste encore marginale pour satisfaire les besoins du marché domestiques. Dans le pays, la pêche fournit près de 500 000 tonnes de poissons par an d’après les données de la FAO.

Source : agenceecofin