Le Sénégal en quête de 56 millions d’euros pour booster sa filière aquacole d’ici 2030
22 mai 2026
22 mai 2026
La pêche génère environ 3% du PIB du Sénégal, représente près de 10% de la valeur totale des exportations de marchandises. Face à l’épuisement des stocks, le pays veut faire monter en puissance l’aquaculture.
Au Sénégal, l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA) prévoit de lever 36,5 milliards FCFA (55,6 millions d’euros) pour booster la filière d’ici 2030. Cet objectif financier permettra de soutenir le déploiement du Plan stratégique de développement de l’aquaculture sur la période 20262030, validé le 12 mai. Cette feuille de route ambitionne de multiplier par six la production nationale, pour la porter de 3 049 tonnes en 2025 à 20 000 tonnes à l’horizon 2030.
Selon les détails relayés par le quotidien local LeSoleil, le financement servira à appuyer plusieurs interventions comme la sécurisation annuelle de 52 millions d’alevins pour l’ensemencement des bassins piscicoles, le développement d’unités locales de fabrication d’aliments pour poissons, la formation de plus de 10 000 producteurs.
L’objectif est de réduire la dépendance aux intrants importés, de baisser les coûts de production et de rendre l’aquaculture plus compétitive avec l’implication accrue du secteur privé.
Dans le pays, cette orientation stratégique vers l’aquaculture est à mettre dans un contexte où les défis sont nombreux.
En effet, comme plusieurs pays de la côte ouestafricaine, il doit faire face à l’épuisement progressif des stocks de poissons sous l’effet de la surexploitation et de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) pratiquée par des flottes industrielles et alimentée par la demande des marchés d’exportation notamment pour les espèces pélagiques.
Cette situation couplée à la dégradation des écosystèmes côtiers et aux effets du changement climatique met sous tensions l’approvisionnement des populations.
Une situation préjudiciable pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle alors que le poisson fournit près de 70% de l’apport en protéines animales et où la consommation par habitant atteint 29 kg par an, contre 20,5 kg au niveau mondial et seulement 10 kg en moyenne sur le continent africain, selon la FAO.
Dans un tel contexte, la filière aquacole est présentée comme l’un des principaux leviers de réponse. En produisant du poisson dans des systèmes contrôlés — étangs, cages flottantes, bassins —, le pays veut soulager la pression sur les stocks marins et stabiliser l’offre. « L’aquaculture n’est plus une option, elle est un impératif stratégique », martèle Samba Ka, directeur général de l’ANA.
Cette dynamique s’inscrit d’ailleurs dans une vision de plus long terme pour la filière qui représente moins de 5% de la production halieutique totale. Une feuille de route décennale d’un coût global de 129 milliards FCFA adoptée en 2023 ambitionnait de porter la production aquacole à 68 000 tonnes et celle d’aliments pour poissons à 90 000 tonnes d’ici 2032.
Sur le terrain, plusieurs projets structurants témoignent déjà de cette montée en puissance. Dans la région de SaintLouis, un projet aquacole de 18 milliards FCFA a été annoncé en septembre 2024 avec des infrastructures modernes destinées à produire du poisson d’élevage à grande échelle, tout en créant des emplois locaux et en structurant une chaîne de valeur intégrée.
Plus au sud, la région de Kolda a été choisie en octobre de la même année, pour accueillir un pôle aquacole capable de produire jusqu’à 4 000 tonnes de poissons par an. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Projet de gestion des ressources naturelles au Sénégal (SENRM), financé par la Banque mondiale à hauteur de 100 millions de dollars (86 millions d’euros) pour la période 20222028.
Parallèlement, un partenariat lancé en 2025 entre l’ANA et le Cégep de la Gaspésie et des Îles (Canada) vise à renforcer la formation professionnelle et technique en aquaculture, la recherche et l’innovation, le développement et la diversification d’espèces à forte valeur commerciale, mais aussi l’autonomisation économique des jeunes et des femmes.