Le géant Rogfast, ce tunnel sous-marin que la Norvège construit à une profondeur inédite sous la mer
11 décembre 2025
11 décembre 2025
Plus profond encore que le Seikan ou celui sous la Manche, le projet routier Rogfast s’apprête à battre tous les records pour un tunnel sous-marin.
La nouvelle fierté d’Oslo ? La Norvège accélère le chantier du tunnel routier sous-marin le plus long et le plus profond au monde. Baptisé Rogfast, abréviation de « Rogaland fastforbindelse », ou littéralement « lien fixe du Rogaland », du nom de la région qu’il traversera, ce passage souterrain s’étendra sur 27 kilomètres et atteindra 392 mètres sous le niveau de la mer, bien plus immergé que le Seikan Tunnel (Japon) qui détenait jusqu’alors le record avec 240 mètres. Le projet vise à améliorer la connectivité sur la côte ouest en remplaçant les traversées en ferry. Le temps de trajet entre Bergen et Stavanger, deuxième et quatrième ville de Norvège en termes de population, sera ainsi réduit « d’environ 40 minutes ».
Anne Brit Moen, cheffe de projet chez Skanska, l’entreprise qui réalise la partie nord du tunnel et la plus profonde, promet à CNN un chemin « plus rapide et plus fiable ».
La construction du Rogfast a officiellement débuté en janvier 2018, avant d’être interrompue en 2019 pour des dépassements de coûts. Elle a ensuite repris à la fin 2021. Les autorités locales tablent désormais sur une fin de travaux en 2033 pour un coût estimé à 25 milliards de couronnes norvégiennes (environ 2,2 milliards d’euros). Le tunnel sera constitué de deux tubes séparés, chacun doté de deux voies exclusivement routières. Il comprendra un double rond-point à mi-parcours, à 260 mètres de profondeur, pour accéder à l’île de Kvitsøy, la plus petite municipalité de Norvège.
Deux équipes de construction travaillent simultanément depuis chaque extrémité, avec l’objectif de se rejoindre au milieu avec une marge d’erreur de seulement 5 centimètres. Un niveau de précision qui nécessite de faire appel à des équipements de pointe.
Pour aider les ouvriers, des scanners lasers à miroir rotatif créent un « double numérique » du tunnel, mis à jour à chaque nouvelle portion excavée puis comparé avec les plans initiaux de conception. « C’est un peu loin de la vision romantique du géomètre regardant à travers un instrument, mais cela permet de gagner du temps, de l’argent et d’éviter des erreurs de matériaux », explique Burkhard Boeckem, directeur technique chez Hexagon.
D’autres complications peuvent surgir. « Le principal défi jusqu’à présent a été de trouver des méthodes d’injection de coulis suffisamment efficaces pour sceller la roche. Nous sommes actuellement à 300 mètres sous le niveau de la mer et nous avons déjà constaté d’importantes infiltrations d’eau salée dans le réseau de tunnels », indique Anne Brit Moen.
Des dispositifs de sécurité y seront installés. Le tunnel disposera notamment d’un système de ventilation longitudinal, complété par des conduits jusqu’à Kvitsøy, et d’un système de surveillance « en temps réel pour les incidents et la circulation ».
Le projet Rogfast est l’un des volets du plan de modernisation de la route côtière E39, longue de 1 100 kilomètres, dont le but ultime est de supprimer toutes les traversées en ferry d’ici 2050. Il devrait engendrer des retombées économiques et sociales importantes, assurent les autorités locales, et ce malgré la perte d’emplois liés aux fermetures de ferries.