Le chalutage de fond marin coute cher à la société: 16,15 milliards d’euros par an, selon une étude
30 avril 2026
30 avril 2026
Selon une équipe de chercheurs du National Geographic Pristine Seas, le chalutage de fond marin, un mode de pêche largement utilisé dans les eaux européennes, serait néfaste pour les écosystèmes marins. De plus, ce mode de pêche coûterait 16,15 milliards d’euros par an à la société européenne, du fait, notamment de ses conséquences sur la planète.
Une pratique de pêche courante, mais dévastatrice. Le chalutage de fond est une méthode de pêche qui consiste à tracter un filet lesté, appelé le chalut, sur le fond marin. Cette dernière fait l’objet de nombreuses critiques du fait des dommages causés sur les habitats marins et son impact carbone.
C’est dans ce sens que le National Geographic Pristine Seas (un projet qui vise à protéger au moins 30% de l’océan d’ici 2030 via la création de nouvelles Aires Marines Protégées), a mené une étude pour calculer l’impact du chalutage de fond en Europe. Publiés ce 28 avril, dans Ocean & Coastal Management, ces travaux estiment que « cette pratique impose à la société un coût net pouvant atteindre 16 milliards d’euros par an ». En parallèle, les bénéfices de l’industrie sont estimés à 180 millions d’euros. On vous explique.
L’étude souligne que le chalutage de fond constitue un « lourd fardeau économique » pour la collectivité. En analysant les données de 4 900 navires entre 2016 et 2021, les chercheurs concluent que les coûts supportés par la société dépassent de très loin les gains réalisés par l’industrie de pêche.
Alors que le secteur dégage environ 180 millions d’euros de bénéfices annuels, son coût net pour la société européenne est estimé entre 2,25 et 16,15 milliards d’euros par an, « la fourchette reflétant les différentes évaluations du coût social d’une tonne de CO2 émise dans l’air ». Autrement dit, « les coûts nets du chalutage de fond pour la société sont 90 fois supérieurs aux 180 millions d’euros de bénéfices engrangés par l’industrie de la pêche chaque année ».
Selon les chercheurs, le principal poste de dépense provient des émissions de dioxyde de carbone liées à la perturbation des sédiments marins. En raclant les fonds océaniques, les chaluts remettent en suspension du carbone parfois stocké depuis des siècles. Ce dernier finit en partie dans l’atmosphère.
À cela s’ajoutent d’autres coûts parmi lesquels les auteurs enregistrent les 1,17 milliard d’euros de subventions publiques chaque année, un gaspillage alimentaire évalué à 220 millions d’euros, ainsi qu’une forte dépendance aux carburants fossiles, dont la volatilité fragilise encore davantage la rentabilité du secteur. « Notre étude montre clairement que le chalutage de fond dans les eaux européennes n’est pas seulement une catastrophe environnementale, c’est un échec économique », résume Enric Sala, explorateur chez National Geographic Society dans le communiqué.
Les auteurs notent qu’en Europe (en heure de pêche) 23 % de l’effort de chalutage ont lieu dans des aires marines protégées. Selon de précédents travaux de recherche, cela « compromet le rôle que ces réserves marines jouent dans le repeuplement des populations de poissons à l’extérieur de leurs frontières ». Au total, ce sont plus de 3 000 espèces de poissons qui ont été capturées dans les chaluts de fond à l’échelle mondiale, « y compris des animaux en danger ». Si l’impact de ce phénomène sur les écosystèmes « n’est pas encore pleinement compris, il est susceptible d’être extrêmement négatif ».
La situation est particulièrement marquée en France. Avec 549 chalutiers de fond actifs en moyenne chaque année, l’Hexagone dispose de l’une des flottes les plus importantes d’Europe, selon les auteurs. Ces navires cumulent à eux seuls 771 502 heures de pêche par an, soit près de 14 % de l’effort total observé dans la zone d’étude.
Selon les chercheurs, le coût net du chalutage de fond pour la société française se situe entre 580 millions et 2,15 milliards d’euros par an. En cause, notamment, les émissions de carbone, car la flotte française relâcherait chaque année 12,9 millions de tonnes de CO₂ en perturbant les sédiments marins.
La France est aussi l’un des pays où cette activité reste particulièrement présente dans les aires marines protégées. Près de 225 000 heures de chalutage y sont recensées chaque année. Au total, plus d’un quart de l’effort de chalutage français est réalisé dans des zones pourtant censées préserver les habitats et la biodiversité marine.
Face à ce constat, les chercheurs avancent plusieurs pistes. La première consiste à interdire le chalutage de fond dans l’ensemble des aires marines protégées européennes. Cela permettrait notamment de restaurer les écosystèmes et de réduire rapidement les émissions de carbone.
L’étude estime également qu’une réduction de plus de moitié de l’effort de chalutage en Europe permettrait d’améliorer le bilan économique global du secteur. Dans ce cas de figure, les auteurs estiment que les subventions publiques pourraient alors être réorientées vers l’accompagnement des pêcheurs, notamment pour favoriser la transition vers des techniques moins destructrices, comme la pêche artisanale ou les engins fixes.
« Mettre fin au chalutage de fond dans les aires marines protégées d’Europe est essentiel pour économiser des milliards de coûts publics », insiste Enric Sala dans le communiqué. Une transition qui, selon les auteurs, bénéficierait à la fois au climat, à la biodiversité, aux finances publiques et, à terme, à l’ensemble de la filière.