« L’accumulation d’intérêts chinois au cœur du poumon logistique de l’Allemagne a fait tiquer Berlin dans le rachat du logisticien Zippel par le géant du transport maritime Cosco »

 

La volonté de sécuriser le port de Hambourg, une infrastructure critique, a finalement poussé le gouvernement allemand à interdire la transaction, constate Isabelle Chaperon, chroniqueuse au service Economie du « Monde ».

En 2023, le chancelier allemand, Olaf Scholz, avait autorisé la compagnie chinoise de transport maritime Cosco à prendre des parts dans le port de Hambourg, le plus important d’Allemagne. Désireux d’aller un cran plus loin, le géant comptait prendre 80 % du capital de Zippel, un petit logisticien allemand du grand port de la mer du Nord. Raté, il restera à quai.

A l’issue d’un conseil des ministres qui s’est tenu mercredi 7 octobre, le gouvernement allemand a annoncé qu’il s’opposait à cette transaction, pour des raisons de « sécurité nationale ». Berlin craint que ce rachat puisse « renforcer les dépendances » envers la Chine et « mette en péril la résilience des chaînes d’approvisionnement de l’Allemagne et de l’Union européenne ».

Zippel est un opérateur allemand familial, employant environ 350 salariés, dont le métier est de stocker et d’acheminer vers le reste de l’Allemagne et ses voisins, par la route, le rail ou par voie fluviale, les marchandises débarquées sur les quais de Hambourg et de Bremerhaven. Et réciproquement.

Plus que Zippel lui-même, c’est l’accumulation d’intérêts chinois au cœur du poumon logistique de l’Allemagne qui a fait tiquer Berlin. La perspective de cargos chinois déchargeant dans le terminal à conteneurs de Tollerort – dont 24,9 % du capital appartient à Cosco – des marchandises chinoises, transportées ensuite à Munich ou à Düsseldorf par des camions Zippel, propriété de Cosco, donnait le vertige. Sachant que la Chine expédie ou reçoit un tiers des conteneurs transitant à Hambourg.

Position de force

Et si Pékin se servait de cette position de force pour exercer une pression sur l’Allemagne, comme elle le fait avec ses terres rares ? Et que se passerait-il en cas de conflit ? En 2023, déjà, l’arrivée de Cosco au capital de la société exploitant l’un des quatre terminaux à conteneurs du port de Hambourg avait provoqué un vaste tollé en Allemagne.Le porte-conteneurs « Cosco Pride », de la compagnie China Cosco Shipping Corporation, dans le port de Hambourg, en Allemagne, le 26 octobre 2022. 

Le chancelier Scholz avait choisi de ne pas fâcher son premier partenaire commercial, par peur de représailles dont auraient pâti les industriels du pays. L’affaiblissement du marché chinois et le déferlement de voitures ou d’acier made in China vers l’Europe ont changé la donne, comme en témoigne déjà le revirement du chancelier Friedrich Merz concernant les relations commerciales entre l’Europe et la Chine.

En parallèle, la montée des tensions internationales conduit les Etats à sécuriser leurs infrastructures critiques, en particulier les ports. D’Anvers à Athènes en passant, depuis juin, par Tarragone (Espagne), Cosco détient déjà la clé de nombreuses portes d’entrée maritimes du Vieux Continent. Une préoccupation pour l’Europe tout entière, et pas seulement pour l’Allemagne.