La Turquie entend peser de tout son poids dans la procédure de présélection engagée par le Maroc pour l’affrètement d’une unité flottante destinée au stockage et à la regazéification du gaz naturel liquéfié au port de Nador West Med
9 janvier 2026
9 janvier 2026
Les milieux industriels et maritimes turcs sont pleinement engagés depuis l’ouverture, par le Maroc, d’une procédure internationale de présélection portant sur l’affrètement à temps d’une unité flottante de stockage et de regazéification de gaz naturel liquéfié destinée à être amarrée au port de Nador West Med. Cette information émane d’un ensemble cohérent de documents obtenus par Barlamane.com dont la lecture conjointe fait apparaître la volonté d’Ankara de placer ses entreprises en position de force sur un projet énergétique appelé à structurer durablement l’approvisionnement gazier du nord du Maroc.
Une circulaire datée du 7 janvier, portant les références 7.1.2026/9 et 9-77, émane du secrétariat général des unions des exportateurs d’Istanbul à l’intention des membres de l’Union des exportateurs de navires, de yachts et de services. Ce texte repose sur un courrier émanant de la direction générale des exportations du ministère turc du commerce, département des machines, de l’automobile, de l’électricité et des produits électroniques, courrier fondé lui-même sur une transmission officielle du bureau du conseiller commercial de Turquie à Rabat.
La circulaire indique que «le ministère marocain de la transition énergétique et du développement durable a ouvert une “procédure de présélection” pour la location d’une unité flottante de stockage et de regazéification qui sera amarrée au port de Nador West Med». Elle rappelle que cette unité aura pour fonction d’assurer la réception du gaz naturel liquéfié, son stockage temporaire et sa transformation en gaz avant son acheminement vers les infrastructures terrestres. Le texte note que «le port où l’unité sera amarrée a été construit par un consortium comprenant des sociétés turques», élément présenté comme un fait majeur pour les opérateurs nationaux, déjà mentionnés dans la mise en œuvre des ouvrages portuaires.
Le port de Nador West Med, actuellement en cours de réalisation sur la façade méditerranéenne, devrait entrer en service au cours du second semestre 2026, a indiqué le ministre de l’équipement et de l’eau, Nizar Baraka. Cette infrastructure portuaire de grande profondeur proposera, à terme, près de 800 hectares dédiés aux activités industrielles, avec une extension projetée pouvant atteindre 5 000 hectares, soit une superficie appelée à excéder celle des zones industrielles attenantes à Tanger Med.
Le complexe portuaire accueillera par ailleurs le premier terminal marocain de gaz naturel liquéfié, reposant sur une unité flottante de stockage et de regazéification. Celle-ci sera reliée, par un gazoduc, aux pôles industriels du nord-ouest du pays, dans un contexte marqué par le développement des investissements dans le gaz naturel et les énergies renouvelables, destiné à réduire la dépendance au charbon. Le port de Nador West Med comprendra également des quais spécifiquement dédiés à l’exportation d’hydrogène vert, dès l’entrée en production de cette filière. Il constituera, aux côtés de Tanger Med et de Jorf Lasfar, l’un des principaux ports en eau profonde du Maroc.
En ordre de bataille pour un projet phare
La même circulaire insiste sur la portée territoriale du projet en relevant que «d’autres projets sont appelés à être réalisés afin d’assurer le transport du gaz depuis la région de Nador vers les régions intérieures du Maroc». Cette perspective dessine un dispositif de grande ampleur, associant installations maritimes, infrastructures terrestres et réseaux de distribution, et confère à la procédure de présélection une dimension bien plus vaste qu’un simple affrètement naval.
Ces éléments trouvent un prolongement détaillé dans une note datée du 27 décembre référencée E-78428086-724.01.01-00117227476, émanant du bureau du conseiller commercial de Turquie à Rabat. Ce document reprend les données essentielles du projet et précise que «le ministère marocain de la transition énergétique et du développement durable a lancé un appel de présélection pour la location, sous forme d’affrètement à temps, d’une unité flottante de stockage et de regazéification destinée à être amarrée au port de Nador West Med». Le texte rappelle que cette unité occupera une place centrale dans le dispositif d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié du pays.
Le document susmentionné détaille en outre les obligations techniques susceptibles d’incomber à l’opérateur retenu. Il est ainsi indiqué que «l’entreprise sélectionnée pourra être chargée de la réalisation de l’ensemble ou d’une partie des équipements de surface, comprenant notamment les interfaces de quai, les bras de chargement, les systèmes de raccordement et les équipements associés». Il est précisé que «ces équipements devront être remis aux institutions publiques marocaines avant la mise en service effective de l’installation», disposition qui marque la volonté des autorités marocaines de conserver la maîtrise patrimoniale des infrastructures stratégiques.
En décembre, un avis officiel que Barlamane.com détient copie fait savoir que «le ministère de la transition énergétique et du développement durable a décidé de recourir à une procédure de présélection internationale en vue de la location d’une unité flottante de stockage et de regazéification de gaz naturel liquéfié destinée au port de Nador West Med». Le texte précise que cette procédure vise à retenir des opérateurs disposant de capacités techniques, financières et opérationnelles avérées, aptes à mener à bien un projet de cette envergure.
L’avis marocain insiste sur le fait que «la procédure de présélection a pour objet de limiter la participation à la phase ultérieure aux candidats présentant les garanties requises». Il précise que l’unité flottante devra satisfaire à des exigences strictes en matière de capacité de stockage, de débit de regazéification, de sécurité des opérations et de compatibilité avec les installations portuaires existantes.
Les documents convergent sur les échéances et les modalités pratiques. La circulaire turque mentionne que «les entreprises souhaitant participer à la procédure de présélection pourront, jusqu’au 30 janvier, obtenir les documents requis en adressant une demande par courrier électronique». Cette même date apparaît dans l’avis marocain, qui précise que «les dossiers de candidature devront être déposés au plus tard le 30 janvier à 14 h 00, heure de Rabat».