La plage, poste d’observation du changement climatique

Canicules marines, prolifération des méduses et tropicalisation de l’océan mais aussi recul du trait de côte et gestion des algues vertes, les espaces littoraux subissent les effets du changement climatique. Quelles en sont les conséquences ? Éclairage ce lundi sur France Inter.

Si on en a fini avec les températures caniculaires sur terre ce lundi, ce n’est pas le cas en mer, où on va frôler les 30 degrés sur les eaux de surface cette semaine en Méditerranée. « C’est inédit« , souligne la biologiste et océanographe Françoise Gaill, spécialiste des écosystèmes profonds, de l’adaptation aux environnements extrêmes. « Il y a à la fois l’intensité, c’est-à-dire la température qui dépasse ce qu’on a l’habitude de voir, et puis il y a aussi la fréquence à laquelle ces canicules existent. »

L’eau est en ce moment « entre 18 et 19 degrés », indique Ronan Loas, maire de Ploemeur, dans le Morbihan. « Si on regarde un peu l’historique des températures en Bretagne, on avait quand même l’habitude d’être un peu plus frais. Alors c’est confortable pour les habitants, les touristes, mais c’est malgré tout inquiétant, et inquiétant aussi pour l’automne qui va arriver, parce que quand on a des étés chauds, on a tendance à le payer avec des tempêtes un peu violentes sur les débuts de saison hivernale. »

Il souligne également le problème du « recul du trait de côte » sur son territoire et dénonce « un vrai défaut de l’État sur ce sujet« . Selon le Cerema, un établissement public qui accompagne l’État et les collectivités dans l’adaptation au changement climatique, l’érosion côtière pourrait affecter, si rien n’est fait, 5 200 logements d’ici 2050 en France, en raison de l’accélération de la montée du niveau de la mer. « On est complètement abandonnés« , déplore-t-il, soulignant notamment qu' »on n’a plus de ministère de plein pouvoir sur la mer« .

 

« Sans l’océan, on ne pourrait pas vivre à la surface de la Terre »

 

Le constat de l’impact du changement climatique est le même en Corse, lieu d’observation du biologiste et photographe Laurent Ballesta. « On voit régulièrement des espèces nouvelles arriver, d’autres se raréfier. Et cela semble directement lié à la température des eaux. On voit, par exemple, depuis seulement trois ans l’arrivée au nord de la Corse du poisson-perroquet de Méditerranée, qui était connu sur les côtes africaines, que moi j’avais photographiée en Tunisie il y a une quinzaine d’années mais que j’ai revu ensuite quelques années plus tard en Sicile et puis que j’ai revu encore un peu plus tard en Sardaigne et maintenant il est au nord du Cap Corse. »

Au-delà de la température de surface, c’est « l’épaisseur de la couche d’eau chaude » qui est un point essentiel et qui peut être dévastatrice pour les écosystèmes, ajoute-t-il. On parle d’« incendies sous la mer » et de « canicules marine« . Dans les zones profondes, « si la température augmente, il n’y a plus d’oxygène. Les animaux vont avoir des difficultés à respirer et donc il va y avoir petit à petit des conséquences catastrophiques pour un certain nombre d’espèces », explique Françoise Gaill. « Ces canicules marines augmentent depuis qu’on a identifié le changement climatique dans l’océan. »

Ces biologistes mettent leurs compétences au service des fonds marins pour les faire découvrir à un plus large public et ainsi inciter à les protéger. « L’océan, c’est ce qui régule le changement climatique. Sans l’océan, on ne pourrait pas vivre à la surface de la Terre vu la température de l’atmosphère à laquelle nous serions confrontés. Donc c’est quelque chose qu’il faut protéger », rappelle Françoise Gaill. « C’est notre assurance-vie. »

Source : Radio France