LA PIRATERIE SOMALIENNE PROFITE-T-ELLE DE LA GUERRE ENTRE L’IRAN ET LES ÉTATS-UNIS?
4 septembre 2026
4 septembre 2026
Depuis avril 2026, les attaques de pirates au large de la Somalie se multiplient à un rythme inédit depuis plus de dix ans. Cette résurgence intervient alors que le commerce maritime est déjà fortement perturbé par la guerre en Iran et par les blocus qui en découlent dans les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.
Alors que l’Iran et les États-Unis s’affrontent, depuis plusieurs mois, pour le contrôle du détroit d’Ormuz et que les Houthis, alliés de Téhéran au Yémen, imposent un blocus ciblé dans le détroit de Bab el-Mandeb, les pirates des côtes somaliennes profitent du chaos pour multiplier les cibles. Selon des analyses de sécurité maritime, plus de navires commerciaux se rapprochent des côtes somaliennes pour éviter les zones de conflit.
Au moins 13 navires ont été arraisonnés entre janvier et fin août 2026, dont six étaient encore retenus contre rançon à la fin du mois. « La piraterie est toujours un crime d’opportunité, et là, les pirates voient une opportunité« , résume Omar Mahmood, analyste de la Somalie à l’International Crisis Group (ICG), cité par la radio britannique, la BBC.
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Avec cette guerre entre les États-Unis et l’Iran, les pirates « pensent que les forces internationales seront accaparées par Ormuz et Bab al-Mandab, et ne surveilleront plus la piraterie », explique à la BBC le vice-amiral Ignacio Villanueva Serrano, commandant des opérations de la force navale de l’Union européenne au large de la Somalie. Selon des analyses de sécurité maritime, une baisse de patrouilles anti-piraterie a bien été recensée depuis le début du conflit.
Parmi les dernières prises, le MV Lutuf, cargo battant pavillon camerounais, a été attaqué le 17 août au large du Puntland, région semi-autonome du nord de la Somalie. Quelques jours plus tard, le 20 août, le MT Sibu 1, un tanker de produits pétroliers battant pavillon érythréen, était arraisonné près des côtes yéménites, de l’autre côté du golfe.
Le Lutuf a depuis été libéré. Le Sibu 1, lui, appartiendrait selon plusieurs enquêtes à une « flotte fantôme » iranienne utilisée pour contourner les sanctions américaines sur le pétrole, ce qui rend sa capture particulièrement lucrative et politiquement sensible.
Au total, six navires seraient actuellement retenus contre rançons de plusieurs millions de dollars, dont quatre ancrés près de Bander Beyla, un port de pêche du Puntland réputé comme étant un foyer de la piraterie, toujours selon des informations recueillies par la BBC.
Localement, la résurgence est aussi nourrie par la colère contre les chalutiers étrangers qui pillent les eaux somaliennes, ruinant la petite pêche qui fait vivre les communautés du Puntland. « Vous avez cet effet combiné: moins de patrouilles navales, mais plus de navires de commerce dans ces eaux, et cela signale une opportunité », détaille Omar Mahmood, qui note qu’une attaque réussie encourage souvent des copies.
La situation s’est encore détériorée ces derniers jours dans le Puntland après qu’une frappe de drone a tué quatre personnes au large de la région de Nugaal, à la suite de l’arraisonnement du navire soupçonné de transporter des armes turques.
Les premières informations sur l’attaque (attribuée à la Turquie, qui n’a pas commenté) indiquaient que les victimes étaient des pirates. Des récits locaux ont ensuite affirmé que trois des tués étaient des pêcheurs et que seul le quatrième avait eu un contact avec les preneurs d’otages.
Le gouvernement du Puntland a affirmé qu’il y a eu des bombardements contre des pêcheurs les 25 et 27 août derniers. Le gouvernement fédéral n’a reconnu que dimanche avoir été informé au préalable de la frappe, mais il a mis en doute que les victimes soient des pêcheurs civils. Contrairement à l’exécutif fédéral, le Puntland entretient des liens étroits avec les Émirats arabes unis, un rival de la Turquie pour l’influence dans la région.
La Turquie, qui a signé un accord de défense et de sécurité maritime avec Mogadiscio, serait directement impliquée: des sources de sécurité du Puntland et un responsable du gouvernement fédéral affirment que le cargo Lutuf transportait des armes et des équipements satellitaires destinés à une base d’entraînement turque et à une station spatiale en construction au nord de la capitale.
Six navires de guerre internationaux (deux turcs, un espagnol, un danois, un américain et un indien) auraient convergé vers la zone du Lutuf, selon ces mêmes sources, difficilement vérifiables de manière indépendante. Le ministère turc de la Défense indique seulement fournir un « soutien nécessaire » aux autorités somaliennes, sans confirmer ni infirmer les frappes de drones meurtrières.
Sur le terrain, les versions divergent: Mogadiscio affirme avoir mené une opération conjointe avec la Turquie, qui aurait permis de libérer le navire en tuant 14 pirates. Le Puntland quant à lui dément et assure qu’une lourde rançon a été payée, une « erreur grave » qui risque de relancer les enlèvements.