La Chine transforme un désert en ferme géante de poissons et crevettes
6 février 2026
6 février 2026
Le développement d’un élevage aquatique à grande échelle dans une zone aussi inhospitalière que le Taklamakan n’a rien d’anecdotique. Ce projet révèle une stratégie plus large, portée par Pékin, pour renforcer son autonomie alimentaire tout en repoussant les limites physiques de l’agriculture.
Le Taklamakan a toujours été un désert sans vie, trop sec, trop hostile pour l’agriculture. Longtemps, personne n’aurait imaginé y voir un jour des bassins remplis de poissons et de crevettes. Pourtant, une transformation est en cours. L’aquaculture dans le désert s’impose peu à peu comme un pari audacieux, capable de changer le visage de cette région.
Le Taklamakan reste l’un des déserts les plus inhospitaliers au monde. Situé dans le Xinjiang, il s’étend sur plus de 300 000 kilomètres carrés, avec des précipitations annuelles inférieures à 100 millimètres. Ce territoire, surnommé la « mer de la mort », n’abritait jusqu’ici aucune forme d’agriculture viable. Pourtant, à Qiemo et dans plusieurs comtés voisins, ce sont désormais des bassins d’élevage de poissons, de crevettes et de homards qui s’étendent à perte de vue.
Jeuxvideo.com rapporte que ce renversement apparent des lois de la nature repose sur des installations massives, construites en quelques mois, capables de maintenir des espèces marines dans une eau artificiellement reconstituée. Des poissons comme le mérou, le pompano doré ou encore le mulet sont élevés dans des conditions contrôlées, grâce à des technologies de recirculation, à des micro-organismes spécifiques et à un suivi thermique permanent. Le taux de survie atteint parfois plus de 99%.
Des centres de production comme celui de Hotan prévoient jusqu’à 280 tonnes de récolte annuelle. D’autres, à Makit ou Atux, élèvent également des huîtres perlières et des crevettes vanamei. En 2024, la région a produit 196 500 tonnes de fruits de mer, preuve d’une industrialisation rapide.
Reproduire un écosystème marin en pleine zone désertique exige une précision extrême. Le sol du Taklamakan est saturé de sel et d’alcali, ce qui rend impossible toute forme d’agriculture conventionnelle. Pour cultiver de la vie marine, les ingénieurs pompent l’eau salée des nappes phréatiques et y ajoutent des cultures microbiennes spécifiques afin d’obtenir une composition chimique proche de l’eau de mer.
Des chercheurs signalent dans South China Morning Post la découverte de petites crevettes, capables de survivre dans des environnements désertiques fortement salins. Cette observation soutient l’idée que certaines espèces aquatiques pourraient naturellement s’adapter à des conditions extrêmes. En s’inspirant de ces mécanismes, les techniciens ajustent chaque paramètre de l’eau pour garantir une croissance optimale des animaux élevés.
Au fil des mois, cette méthode s’étend à d’autres comtés et à de nouvelles espèces. Une filière locale se développe, formant les habitants à l’aquaculture de précision. Certains employés envisagent même de lancer leur propre structure, encouragés par un modèle associant entreprises et petits producteurs.
L’essor rapide de ces fermes aquacoles dans le désert pose néanmoins une série de questions. L’évaporation constante oblige à compenser les pertes en eau en pompant dans des nappes profondes, peu renouvelables. Le dégel progressif des glaciers alimente partiellement ces réserves, mais cette ressource reste incertaine. En cas de sécheresse prolongée ou d’instabilité climatique, le système pourrait vaciller.
L’usage intensif de produits chimiques et de technologies de traitement pour maintenir les bassins risque d’altérer durablement l’équilibre écologique local. Certains experts craignent une salinisation accrue des sols ou des pollutions invisibles affectant les nappes.
Ces défis, la Chine continue d’y voir une solution d’avenir. Le Taklamakan devient un territoire d’expérimentation pour une aquaculture déterritorialisée, capable de fonctionner sans mer. Si ce modèle s’avère soutenable, il pourrait ouvrir la voie à des productions similaires dans d’autres régions arides du monde. Pour l’instant, le désert pousse encore les limites du vivant. Il met aussi à l’épreuve la volonté humaine de faire renaître la vie là où elle semblait perdue à jamais.