La Chine aime tellement la technologie maritime du français GTT qu’elle veut l’adapter sur la terre ferme avec une première cuve GNL d’une capacité de 10 000 m³
10 avril 2026
10 avril 2026
Depuis des décennies, le français GTT (Technigaz et Gaztransport) règne sur le monde des méthaniers grâce à son expertise acquise dans la conception de cuves, qui permettent à ces géants des mers (parfois plus de 200 000 tonnes tout de même) de limiter au maximum les pertes de leur précieux chargement : le Gaz Naturel Liquéfié (GNL).
Aujourd’hui, la technologie du français est tellement appréciée que l’entreprise s’apprête franchir une étape stratégique : l’amener sur la terre ferme proche d’une usine de liquéfaction !
Un premier pas vers une nouvelle aventure qui pourrait amener le français très, très loin.
Le contrat annoncé le 8 avril 2026 marque un tournant fondamental pour GTT puisque ce dernier a été sélectionné par Beijing Petrochemical Engineering Co., Ltd., en coopération avec Shaanxi Yanchang Petroleum & Natural Gas Co. Ltd., pour concevoir un réservoir terrestre de stockage de GNL.
Ce réservoir, d’une capacité de 10 000 m³, sera installé sur le site de liquéfaction de Yangjiawan, dans la ville de Yan’an (province du Shaanxi).
Sur le papier, cela peut sembler modeste comparé aux gigantesques méthaniers capables de transporter jusqu’à 200 000 m³. Pourtant, ce projet marque un vrai jalon dans l’histoire de l’entreprise.
C’est la première fois qu’une technologie à membranes GTT est déployée à proximité directe d’une usine de liquéfaction terrestre.
GTT sort de son terrain de jeu historique, la mer, pour entrer dans celui des infrastructures énergétiques à terre.
Dans l’industrie du GNL, tout ne se joue pas uniquement à grande échelle. Depuis quelques années, une nouvelle tendance émerge : celle des unités de liquéfaction compactes, plus flexibles, plus rapides à déployer.
Contrairement aux grands terminaux côtiers, ces installations doivent composer avec :
Dans ce contexte, les réservoirs classiques montrent leurs limites.
Le choix d’un réservoir à membrane pour une installation terrestre répond donc à une logique claire : faire mieux avec moins de place.
Le cœur de ce contrat repose sur une innovation clé : la technologie GST® (membrane à intégrité totale) développée par GTT.
Cette dernière a pour vocation de limiter les pertes de froid dans un environnement où le GNL est stocké à environ –163 °C.
Grâce à une conception avancée de l’isolation, cette technologie permet :
À cela s’ajoute un élément souvent sous-estimé : le monitoring intégré.
Le système embarque des outils de surveillance en temps réel qui permettent de suivre l’état du réservoir, d’anticiper les anomalies et d’optimiser l’exploitation.

Sans surprise, comme tout ce qui touche à l’énergie, la Chine est aujourd’hui l’un des moteurs de la croissance mondiale du GNL, avec une stratégie énergétique qui repose sur plusieurs piliers :
Dans ce contexte, les projets comme celui de Yangjiawan jouent un rôle clé.
Ils permettent de tester de nouveaux formats industriels, plus adaptés aux besoins locaux et régionaux.
Pour GTT, c’est une opportunité stratégique majeure car réussir en Chine, c’est valider une technologie sur un marché exigeant qui peut ouvrir la porte à une multiplication de projet similaire et permettre in fine d’ancrer l’entreprise dans la chaîne de valeur du GNL terrestre
Autrement dit, ce contrat pourrait bien être le premier d’une série.
Jusqu’ici, le modèle de GTT sur ce marché reposait principalement sur un principe : fournir des technologies de confinement cryogénique pour les navires.
Un modèle extrêmement efficace, basé des licences technologiques avec des marges élevées.
Avec ce projet, GTT commence à s’intégrer dans les infrastructures elles-mêmes, ce qui devrait lui ouvrir les portes d’un marché potentiel beaucoup plus large (stockage terrestre, petites unités, hubs régionaux).

Selon Shell, la demande mondiale de GNL pourrait augmenter de près de 60 % d’ici 2040, portée par plusieurs facteurs très concrets : la croissance économique asiatique, la décarbonation de l’industrie lourde, mais aussi l’explosion des besoins énergétiques liés à l’intelligence artificielle et aux data centers.
Les projections évoquent désormais une consommation comprise entre 630 et 718 millions de tonnes par an, contre 407 millions de tonnes en 2024, une année marquée par une croissance très limitée faute de nouvelles capacités.
Pour répondre à cette demande, plus de 170 millions de tonnes de production supplémentaire sont attendues d’ici 2030, principalement aux États-Unis et au Qatar. Les États-Unis pourraient à eux seuls atteindre 180 millions de tonnes par an, soit près d’un tiers de l’offre mondiale.
Dans ce contexte, l’Europe continue également de renforcer ses importations pour sécuriser ses approvisionnements. Autrement dit, chaque nouvelle infrastructure, même de taille intermédiaire comme celle de Yangjiawan, s’inscrit dans une mécanique globale où chaque mètre cube compte.
On notera d’ailleurs qu’un autre français que GTT s’intéresse à cette forme d’énergie puisque TotalEnergies occupe la 3e place mondiale sur le marché du GNL en 2025, avec 44 millions de tonnes vendues (Mt/an), derrière Shell et QatarEnergy.
Pour finir, ajoutons que GTT a engagé une transformation en profondeur de ses activités en 2025 avec l’acquisition de la société danoise Danelec, spécialisée dans la collecte et l’analyse de données embarquées.
Résultat : GTT ne se contente plus de contenir du gaz, il commence à piloter la performance des navires en temps réel. Avec ses plateformes numériques (Ascenz Marorka, Vessel Performance Solutions), le groupe couvre désormais plus de 17 000 navires dans le monde et aide les armateurs à réduire leur consommation de carburant, à anticiper les pannes et répondre aux contraintes environnementales croissantes.
En clair, l’entreprise a entrepris une diversification de ses activités pour ne plus être cantonnée à son « simple » rôle de fournisseur de cuves pour méthanier.