« Je ne suis pas sûr qu’il soit encore là demain » : le banc d’Arguin et sa réserve naturelle près d’Arcachon menacés de disparition
12 juin 2026
12 juin 2026
C’est un de nos îlots paradisiaques : un banc de sable au cœur du bassin d’Arcachon, le célèbre banc d’Arguin, est en train de disparaître. Il est passé de sept à trois kilomètres de long en 10 ans seulement. En cause, les tempêtes et l’érosion des plages. Retour sur ce phénomène.
En face de la dune du Pilat, le banc d’Arguin(Nouvelle fenêtre) est un îlot de sable doré. Son eau turquoise est la plus claire du bassin d’Arcachon. « C’est assez impressionnant. Il y a un côté île. Vraiment, on se demande ce que ça fait là ! », s’étonne une baigneuse. Entre cette petite île paradisiaque et la dune, les eaux sont calmes, car le banc d’Arguin protège la côte des vagues de l’océan. Mais par endroits, le banc a disparu : « Là, il y avait déjà le banc d’Arguin, ici », pointe Audrey Ducros, capitaine « Balade Bateau Arcachon », confrontée à des secousses inhabituelles avec son bateau. « D’habitude, on est protégé. Quand je me suis retournée, j’ai bien vu qu’il avait disparu », explique-t-elle.
Car désormais, le banc d’Arguin est submergé lorsque la houle est forte. Il rétrécit comme peau de chagrin. Sur des images satellites, à marée basse, il est passé de sept kilomètres de long en 2016 à seulement trois en 2026. Le phénomène s’accélère. Une prise de vue du banc en 2023, juste avant des tempêtes dévastatrices, et une autre aujourd’hui, montrent l’ampleur des dégâts.
Même pour le conservateur du site classé réserve naturelle, le paysage est méconnaissable. « J’arrive à la pointe sud du banc d’Arguin. Et on voit bien que tout cet espace où l’eau est peu profonde, c’était le banc d’Arguin d’hier. Il allait jusqu’à la pointe, jusqu’à la forêt de pins, là-bas. Et là, maintenant, c’est une zone qui est complètement soumise à l’océan. Tout ça, c’est lié aussi un peu au changement climatique. Il faudrait profiter du banc d’Arguin aujourd’hui parce que je ne suis pas sûr qu’il soit encore là demain », déplore Benoît Dumeau, conservateur de la réserve naturelle du Banc d’Arguin.
Déjà menacés de disparition, les parcs à huîtres du banc d’Arguin subissent cette érosion. Ceux de la pointe sud ont été détruits par les tempêtes de l’hiver 2023. Impossible de les reconstruire. David a perdu les trois quarts de son exploitation : « À pleine mer, ça passe par-dessus, donc la zone commence à devenir dangereuse », souligne-t-il. « Je vais surtout prendre ma retraite et arrêter. J’en ai un peu marre », confie-t-il.
L’érosion menace aussi les oiseaux marins. Dans une zone réservée, ils peuvent nicher en toute tranquillité. Le banc d’Arguin est le seul sanctuaire de la région. Mais les nids sont beaucoup moins nombreux qu’auparavant. « Là où on se trouve actuellement, il y a encore deux ans, on était sur une dune végétalisée et les goélands nichaient dans ces buissons. L’érosion a fini par enlever cette dune. La mer est passée dessus, donc ça a détruit les œufs, ça a détruit le nid », explique Adrien de Montaudoin, ornithologue – Réserve Naturelle du Banc d’Arguin.
Le banc d’Arguin peut totalement disparaître un jour, mais les énormes quantités de sable déplacées par la houle pourraient aussi créer un autre îlot à l’entrée du bassin d’Arcachon.