« Ici, on a de l’eau salée qui coule dans les veines », ces petits métiers veulent croire encore à l’avenir de la pêche en Méditerranée
10 avril 2026
10 avril 2026
Sète reste le premier port de pêche en Méditerranée française. Si la profession souffre et le nombre de bateaux diminue, la pêche reste une tradition puissamment ancrée dans l’île singulière. Des dizaines de pêcheurs continuent à en vivre, contre vents et marées.
Sète a les yeux rivés vers la Méditerranée. Ici, la pêche est une institution depuis des générations. Longtemps pilier de l’économie locale, elle s’est toujours pratiquée à échelle humaine.
Pierre Palumbo fait partie de ces petits métiers, des pêcheurs polyvalents qui partent en mer à la journée et qui privilégient les lieux de vente directe dans le port où ils vivent.
« Que ce soit au chalut ou au petit métier, c’est une pêche artisanale et un travail familial. Quand on voit que le chalut sort avec trois personnes à bord, on ne peut pas dire que c’est une grosse entreprise ou une usine » explique Pierre Palumbo.
Comme dans nombre de familles de pêcheurs à Sète, Pierre a transmis l’amour de la mer à son fils.
On est né dedans, on a de l’eau salée qui coule dans les veines. Tout petit, quand il me racontait les journées de pêche, je buvais ses paroles.
Quentin Palumbo, pêcheur et fils de pêcheur à Sète.
Pourtant, en grandissant, l’enfant a un peu perdu son regard émerveillé sur le métier : « Quand j’étais en âge de tenir à bord du bateau, pour moi c’étaient les vacances, je me régalais. Maintenant, c’est moins les vacances » affirme sobrement Quentin.
Comme les Palumbo, à Sète, ils sont encore quelques dizaines à pratiquer cette pêche artisanale. Leur poisson est directement vendu à la criée locale qui pratique un système d’enchères dégressives.
Mais dorades, loups ou merlus défilent de moins en moins dans cette criée pourtant très active. L’année dernière, 1.500 tonnes de poissons se sont vendues à la criée. On est loin des quelque 7.000 tonnes qui s’écoulaient il y a 20 ans.
Aux halles de Sète, Cyrielle De Ranteau peut en témoigner. Cette poissonnière « historique » a connu une époque où elle ne vendait que des produits locaux.
Avant, on avait vraiment les trois quarts qui venaient de la Méditerranee, le reste c’était pour compléter les variétés. Maintenant, on a plus de choses qui viennent de l’Atlantique, il faut répondre à la demande des clients et on va chercher le poisson là où on le trouve.
Cyrielle De Ranteau, poissonnière aux Halles de Sète.
Après des années de pêches intensives, la ressource s’est raréfiée en Méditerranée et les règles du jeu se sont durcies.
Le plan de gestion « West Med », adopté en 2019 par la Commission européenne pour une meilleure gestion des ressources halieutiques en Méditerranée, s’est fait durement ressentir à Sète : la moitié de la flottille de chalutiers a été détruite. Aujourd’hui, il ne reste que 11 chalutiers sétois. Ils étaient 40 en 2006.
Touchés mais pas coulés pour Vincent Scotto. Le président de la coopérative des pêcheurs SATHOAN reste résolument optimiste, convaincu qu’un avenir est possible.
« À Sète, la pêche, faut pas que ça se perde ! Le modèle va changer totalement avec la décarbonisation des navires, on va augmenter le maillage, fermer des zones pour protéger la ressource. Demain, il va y avoir aussi un partage du territoire avec les éoliennes, mais on va arriver, autour de tout ça, à sauver la pêche. » explique-t-il.
Même si le ciel s’assombrit avec la nouvelle crise pétrolière qui se profile, les pêcheurs locaux se disent prêts à braver cette énième tempête pour continuer à écrire l’histoire qui les relie intimement à l’île singulière.