Golfe du Mexique: la faune et la flore en danger en vertu d’impératifs de «sécurité nationale»
3 avril 2026
3 avril 2026
Aux États-Unis, c’est une mesure qui était attendue et redoutée des défenseurs de l’environnement. Le verdict est tombé après une rapide réunion derrière des portes closes. Les secteurs pétrolier et gazier pourront développer leurs activités dans le golfe du Mexique, au mépris de toutes les lois environnementales. La mesure a été prise par la «God squad», littéralement l’équipe divine, ainsi surnommée car elle est la seule à pouvoir passer outre la législation concernant la protection des espèces menacées.
Ce comité influent de l’administration Trump a voté à l’unanimité mardi 31 mars pour exempter les forages pétroliers et gaziers dans le golfe du Mexique – renommé golfe de l’Amérique par Trump – des mesures de protection des espèces menacées (ESA pour Endangered Species Act). Surnommé « God squad » car il détient en quelque sorte le pouvoir de décider de la survie ou de l’extinction d’une espèce, le comité a adopté cette mesure lors d’une brève réunion à huis clos, rapporte le New York Times. Le fameux God squad – créé en 1978 par le Congrès – ne s’est réuni que trois fois en trente années d’existence et sa dernière réunion date de 1992.
Les six membres du comité – le secrétaire à l’Intérieur Doug Burgum, la secrétaire à l’Agriculture Brooke Rollins, le secrétaire à l’Armée Dan Driscoll, l’administrateur de l’Agence de protection de l’environnement Lee Zeldin, l’administrateur de l’Administration nationale océanique et atmosphérique Neil Jacobs et le président par intérim du Conseil des conseillers économiques Pierre Yared – ont déclaré qu’ils avaient été tenus de voter en faveur de l’exemption car celle-ci avait été demandée par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, rapporte l’agence Reuters.
« Nous ne pouvons pas laisser nos propres règles affaiblir notre position et renforcer ceux qui souhaitent nous nuire, a déclaré Pete Hegseth. C’est pourquoi, pour ces raisons, l’exemption de la loi sur les espèces menacées d’extinction dans le golfe n’est pas seulement une bonne idée, c’est une question cruciale de sécurité nationale ». L’ESA autorise des dérogations si le secrétaire à la Défense estime qu’elles sont nécessaires pour des raisons de sécurité nationale, une disposition qui n’avait jamais été utilisée jusqu’ici.
L’administration Trump a limité la présence physique à la réunion de mardi, mais a retransmis les débats en direct sur YouTube. Des dizaines de militants écologistes ont manifesté devant le ministère de l’Intérieur. Si les écologistes ont manifesté leur opposition, d’autres se sont félicité de la décision du comité comme Andrea Woods, porte-parole de l’American Petroleum Institute, un groupe professionnel du secteur pétrolier et gazier, qui a défendu le bilan de l’industrie en matière de conservation de l’environnement.
En novembre déjà, l’administration avait proposé d’assouplir les restrictions sur le forage, l’exploitation forestière et minière dans les habitats des espèces menacées à travers le pays. Pour justifier cette décision radicale, les responsables de l’administration ont affirmé que la protection des espèces menacées avait ralenti le forage pétrolier dans le golfe du Mexique. Ils ont ajouté que la levée de ces protections permettrait d’accroître l’approvisionnement énergétique national et de renforcer la sécurité nationale en ces temps de crise d’approvisionnement énergétique.
Il s’agit de la dernière initiative de l’administration Trump visant à affaiblir la loi sur les espèces menacées, texte fondamental de la législation environnementale destiné à prévenir l’extinction des espèces végétales et animales. Parmi ces espèces, l’emblématique baleine de Rice dont le golfe du Mexique est le seul habitat et dont il ne reste qu’une cinquantaine d’exemplaires. En 2010, la catastrophe de Deepwater Horizon a déversé des millions de litres de pétrole dans le golfe du Mexique, décimant plus de 20% de la population de baleines de Rice. Selon les estimations fédérales, il ne reste qu’une cinquantaine de baleines de Rice sur Terre, et elles ne se trouvent que dans le golfe du Mexique.