Géoingénierie : « Des solutions inefficaces, inéquitables, voire nuisibles »

 

En voulant contrôler le climat, nous risquons de faire plus de mal que de bien. C’est l’alerte lancée par des chercheurs dans une étude, parue le 31 juillet dans la revue Science.

Les scientifiques ont passé en revue l’éventail des interventions et des technologies mises en œuvre dans les océans pour tenter d’enrayer le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité marine. « Il s’agit notamment d’efforts visant à réduire l’acidité des océans afin qu’ils absorbent davantage de dioxyde de carbone, à élever des coraux résistants au climat qui peuvent survivre dans des eaux plus chaudes, à cultiver des algues pour capturer le carbone et à restaurer les mangroves afin de protéger les côtes et de stocker naturellement le carbone », détaillent-ils.

Certaines relèvent de la géoingénierie — un terme aux contours flous qui désigne l’ensemble des projets de modification volontaire du climat — d’autres sont des techniques de restauration.

 

« Inefficace, inéquitable, voire nuisible »

 

Autant d’intentions a priori louables, sauf que, constatent les experts, ces interventions « comportent également des risques importants » : « Sans une gouvernance solide, nous risquons de répéter les erreurs du passé, en mettant en œuvre des solutions inefficaces, inéquitables, voire nuisibles, déclare la professeure Tiffany Morrison dans le communiqué accompagnant l’étude. Le rythme de l’innovation dépasse notre capacité à réglementer, surveiller et évaluer ces interventions. »

L’emballement des entreprises privées — 160 millions de dollars en 2020 pour les actions sur l’océan selon l’étude — mais aussi des scientifiques, fait ainsi craindre des dérives. Non seulement certaines techniques pourraient bien relever de la pure science-fiction, mais en plus cet investissement sans limite pourrait nous détourner des seules actions réellement efficaces : diminuer nos activités polluantes et destructrices.

Pour le professeur Neil Adger, coauteur de l’étude, le meilleur garde-fou reste l’implication des citoyens : « Cela signifie collaborer avec les peuples autochtones et les parties prenantes locales dès le début, en veillant à ce que leurs connaissances, leurs valeurs et leurs droits influencent la conception et la mise en œuvre des interventions. »

Source : reporterre