EU Ocean Days 2026 – Bruxelles Mission Starfish Discours de Pascal Lamy – 5 mars
13 mars 2026
13 mars 2026
Je m’exprime ce matin avec deux casquettes.
La première est celle que notre modérateur vient de mentionner, en tant que président du Conseil de la Mission Starfish.
La seconde est celle de co-président, aux côtés de Tiago Cunha de la Fondation Azul et de Geneviève Pons, qui dirige l’Institut Jacques Delors à Bruxelles, du groupe de parties prenantes qui constitue depuis quelque temps la force motrice politique soutenant l’avancement de cette mission.
Ce groupe présentera cet après-midi un nouveau plan directeur pour un Acte transformateur pour l’Océan, et je vois le commissaire Kadis sourire, car il sait exactement ce que nous voulons dire par là.
Je consacrerai ces quelques minutes d’abord à revenir sur la mission, puis à me tourner vers l’avenir.
En regardant le travail accompli et nos réalisations au cours des cinq dernières années, la question clé est la suivante : quels résultats avons-nous obtenus ? Par résultats, j’entends des changements qui ne se seraient pas produits sans la mission, ou qui se seraient produits de manière beaucoup plus limitée.
Je vois deux domaines où l’impact de la mission est évident.
Premièrement, la mission a joué un rôle déterminant pour placer l’océan plus haut dans l’agenda de l’Union européenne, ainsi que dans l’agenda international. L’initiative du Pacte pour l’Océan et la nouvelle agenda européenne pour l’océan, y compris l’observation avec l’initiative du jumeau numérique, pour ne citer que deux exemples, en sont des preuves claires.
Deuxièmement, je crois que nous avons réussi à mobiliser d’une manière totalement inédite les acteurs de l’océan et de l’hydrosphère à travers l’Union européenne, de manière décentralisée. À ma connaissance, c’est une première.
Je suis désormais un très vieux singe. J’observe et participe depuis de nombreuses années à ce qui se passe dans l’Union européenne. C’est la première fois que nous innovons réellement en matière de gouvernance européenne en créant une énergie politique venant de la base, en mettant en place une série d’écosystèmes locaux et régionaux destinés à faire émerger un large éventail de solutions dans les directions des « branches de l’étoile de mer » que le commissaire Kadis vient de mentionner et que je ne répéterai pas.
Bien sûr, par rapport à la situation d’il y a cinq ans, il existe désormais une dimension supplémentaire qui n’était pas présente à l’époque : la dimension géopolitique. Il suffit de regarder ce qui se passe aujourd’hui dans le détroit d’Ormuz, en Méditerranée, en mer Noire ou en mer Baltique pour comprendre pourquoi la dimension géostratégique d’une Union de l’Océan s’impose désormais au premier plan.
Permettez-moi maintenant de me tourner vers l’avenir. Je vois trois grands défis que la mission, ainsi que vous tous – nos parties prenantes – devrez relever dans les années à venir.
Le premier défi consiste à transformer une multitude de solutions de petite échelle en peut-être une centaine de solutions de grande ampleur, capables de construire une véritable Union de l’Océan fonctionnelle. Pour y parvenir, nous aurons besoin d’une attention politique plus forte au niveau de nos 27 États membres.
Lorsque j’observe l’énergie politique que nous avons mobilisée jusqu’à présent, je dirais que nous sommes forts à la base et forts au sommet. Je voudrais ici rendre hommage à l’engagement très fort, dès le début, de la Présidente de la Commission européenne, du Président du Conseil européen, ainsi que du groupe Searica au Parlement européen, qui ont plaidé et poussé cette initiative vers l’avant.
Cependant, nous avons un problème au milieu. Très peu de dirigeants politiques nationaux sont réellement engagés dans ce qui doit être fait. Or une grande partie de ce qui doit être réalisé devra être mise en œuvre au niveau des États membres. C’est donc le premier enjeu sur lequel nous devons concentrer nos efforts.
Le deuxième défi, pour revenir à notre discussion avec le commissaire Kadis, est de s’assurer que la proposition de la Commission pour un Acte pour l’Océan soit au même niveau d’ambition que le Pacte pour l’Océan. Cela n’est pas garanti. Nous devons être très clairs à ce sujet. Il existe un risque que le niveau d’ambition diminue entre le Pacte et l’Acte.
C’est une question cruciale, car ce qui compte au final n’est pas seulement ce que propose la Commission, mais ce que décident le Parlement européen et le Conseil. Maintenir un haut niveau d’ambition dès le départ sera donc essentiel.
Le troisième et dernier défi concerne la trajectoire financière après 2028 pour les missions de l’Union européenne, en particulier ce qu’il adviendra du programme européen de recherche et d’innovation.
Jusqu’à présent, ce programme a été la principale source des 620 millions d’euros investis dans la mission Starfish, des fonds européens qui ont probablement permis de mobiliser cinq à huit fois ce montant provenant d’autres sources, y compris des investissements privés.
Nous savons tous que les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel seront extrêmement difficiles. Elles donneront lieu à une compétition politique très intense. Compte tenu de la longue liste de priorités auxquelles l’Union européenne devra faire face après 2028, ce sera une bataille difficile. Nous devons commencer à nous y préparer dès maintenant.
Cela me ramène à la nécessité d’accroître la visibilité, la sensibilisation et l’engagement des États membres, car ce sont les ministres de ces pays qui siègeront finalement au Conseil lorsque les décisions sur le cadre financier pluriannuel seront prises.
En conclusion, je dirais que les réalisations accomplies jusqu’à présent sont tout à fait impressionnantes. Si quelqu’un m’avait dit il y a cinq ans que nous en serions là aujourd’hui, j’en aurais été très satisfait.
Dans le même temps, nous faisons clairement face à des défis sérieux pour l’avenir.
Je pense toutefois que nous disposons déjà d’une partie de l’énergie politique nécessaire pour relever et surmonter ces défis, et c’est sur cette énergie que nous devons continuer à construire.
Lorsque je parle de la mission, qui peut parfois sembler être un concept abstrait, je parle avant tout des personnes qui travaillent pour elle et avec elle : les collègues de la Commission européenne, mes collègues membres du conseil que je souhaite remercier pour leur engagement, ainsi que le grand nombre de personnes sur le terrain – professionnels, ONG, universitaires, think tanks et autorités locales, dont certains sont présents dans cette salle – pour qui la mission est devenue un nouveau phare.
Je vous remercie de votre attention.