Entre Mer rouge et océan indien, l’Éthiopie cherche sa façade maritime

 

Enclavée depuis plus de 30 ans après la sécession de l’Érythrée, l’Éthiopie poursuit sa quête d’accès à la mer. Entre conflits armés et contraintes logistiques qui s’amplifient sur les corridors d’approvisionnement actuels, le pays cherche à accélérer ses plans de diversification.

Ces dernières semaines, l’Éthiopie a multiplié les initiatives pour sécuriser un accès à la mer. Le Premier ministre Abiy Ahmed Ali était ainsi en visite d’État en Somalie la semaine dernière, après la réussite de la médiation turque en janvier pour aboutir à un dégel des tensions causée par le protocole d’accord avec le Somaliland pour doter son pays d’une réserve foncière débouchant sur la mer rouge.

Selon des propos attribués au ministre somalien des Affaires étrangères, Ali Mohammed Omar par les médias éthiopiens et somaliens, les discussions au cours de la rencontre de la semaine dernière ont entre autres porté sur les mécanismes pour parvenir d’ici juin prochain à un accord-cadre facilitant l’accès du littoral somalien pour l’Éthiopie.

Ces démarches font suite à la signature dans la même semaine d’un accord pour la création de l’Autorité du corridor Djibouti-Éthiopie-Soudan du Sud-Ouganda (DESSU). Un corridor dont le protocole d’accord de création avait été signé en 2019 pour renforcer l’intégration régionale en établissant des liens infrastructurels entre ces 4 pays.

Le projet de ce corridor devrait permettre à l’Éthiopie de diversifier davantage ses sources d’approvisionnement en misant sur les infrastructures de transports des pays voisins comme l’Ouganda et du Soudan du Sud pour accéder à d’autres ports comme ceux de la Tanzanie (sur l’océan indien).

D’autres déclarations attribuées par la presse locale la semaine dernière au président kenyan William Ruto font état de pourparlers avec l’Éthiopie pour positionner le port de Lamu (dans le nord du Kenya) comme un relai stratégique des expéditions éthiopiennes. Ces développements s’inscrivent en droite ligne des plans de diversification des sources d’approvisionnement de l’Éthiopie pour réduire les contraintes logistiques qui se sont amplifiées selon les autorités notamment le corridor Addis-Abeba-Djibouti.

Des entraves liées aux défis sécuritaires

Bien que proche de plusieurs pays côtiers, l’Éthiopie en raison des problèmes sécuritaires dans la région se rabat sur Djibouti pour son approvisionnement et le commerce international par voie maritime. En plus de l’Érythrée avec qui elle a connu plusieurs années de guerre, le pays est aussi pris en étau entre les conflits armés en République du Soudan et l’instabilité en Somalie qui menace aussi la sécurité au nord du Kenya.

Cela constitue d’ailleurs selon certains analystes l’un des obstacles qui plombent le trafic au port de Lamu inauguré en 2021 et présenté comme une infrastructure majeure du corridor LAPSSET (Lamu Port-Sud-Soudan-Ethiopie-Corridor de transport. Un corridor composé de plusieurs projets d’infrastructure tels qu’un port, des autoroutes, des pipelines, des lignes ferroviaires interrégionales, des aéroports, des hôtels, ainsi qu’un barrage polyvalent le long de la rivière Tana.

Actuellement près de 80% du trafic global annuel du port de Djibouti provient de l’Éthiopie, selon les chiffres officiels.

Source : agenceecofin