Discours d’ouverture : Ambassadeur et Envoyé spécial Olivier Poivre d’Arvor Session : Connaissance marine pour la santé de l’océan

 

Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,

Permettez-moi de commencer par remercier la DG MARE, la DG DEFIS et la DG ENV pour l’organisation de cette session opportune consacrée à la connaissance marine au service de la santé de l’océan.

Car si nous prenons réellement au sérieux la santé de l’océan aujourd’hui, nous devons reconnaître qu’il ne s’agit pas seulement d’un objectif environnemental.
C’est fondamentalement un défi de connaissance. Il s’agit de produire les connaissances scientifiques nécessaires pour protéger la santé de l’océan.

C’est un défi qui concerne notre manière d’observer, de coordonner l’observation, et de transformer les données en capacité de gouvernance.

Au cours des dernières années, l’Union européenne a réalisé des progrès décisifs dans la construction de l’architecture politique nécessaire pour gérer l’océan en tant que bien commun mondial.

Grâce au Pacte européen pour l’océan, annoncé lors de l’UNOC3 à Nice, au futur Ocean Act, ainsi qu’au développement de l’Initiative européenne d’observation de l’océan, l’Europe se dote désormais d’un cadre intégré capable de relier science océanique, protection de l’environnement et utilisation économique durable.

Mais la législation à elle seule ne produit pas la connaissance.
Et la connaissance ne découle pas automatiquement des systèmes d’observation.

Elle est produite grâce au déploiement continu et coordonné de capacités d’exploration et d’observation en mer.

Aujourd’hui, malgré des infrastructures de niveau mondial — notamment Copernicus Marine Service, EMODnet et le Jumeau numérique de l’océan développé par Mercator Ocean — l’Europe est encore confrontée à des lacunes structurelles en matière d’observation :

  • dans les écosystèmes des grands fonds marins,

  • dans les zones de forte biodiversité telles que les monts sous-marins et les canyons sous-marins,

  • dans les océans polaires où les rétroactions climatiques s’accélèrent,

  • et dans les zones situées au-delà des juridictions nationales, où la mise en œuvre du Traité sur la haute mer nécessitera bientôt des bases scientifiques solides.

Parallèlement, les efforts d’observation et d’exploration restent fragmentés entre secteurs, institutions et États membres — en Europe comme au-delà.

Les campagnes sont souvent planifiées indépendamment les unes des autres.
Les données ne sont pas toujours standardisées dès leur collecte.
Et les priorités scientifiques ne sont pas systématiquement alignées sur les besoins des politiques publiques.

Nous risquons ainsi d’entrer dans une situation paradoxale où nos capacités de modélisation progressent plus vite que les connaissances empiriques nécessaires pour les soutenir.

Autrement dit :

  • notre Jumeau numérique de l’océan pourrait devenir plus précis,

  • mais pas nécessairement plus complet.

Si la santé de l’océan doit être gouvernée efficacement, l’Europe doit donc garantir la cohérence de toute la chaîne de valeur de la connaissance marine :

  • de l’exploration,

  • à l’observation continue — notamment à travers le Global Ocean Observing System coordonné par la COI,

  • à l’intégration des données,

  • jusqu’aux applications opérationnelles.

Tel est le défi de mise en œuvre qui se présente désormais à nous.

Passer de la gouvernance à l’action.
Passer de l’infrastructure au déploiement coordonné.
Passer de la disponibilité des données à une connaissance utile pour les politiques publiques.

La Mission Neptune, lancée à Nice lors de l’UNOC3, a précisément été conçue pour répondre à ce défi de mise en œuvre en reliant exploration, observation durable et diffusion des données entre partenaires européens et internationaux.

Dans la continuité de la vision exprimée par la Présidente Ursula von der Leyen en faveur d’une capacité européenne d’observation de l’océan plus forte et plus cohérente, Mission Neptune est désormais prête à contribuer comme pilier opérationnel de la future Initiative européenne d’observation de l’océan.

Elle soutiendra notamment :

  • le déploiement coordonné de campagnes en mer,

  • la production de jeux de données harmonisés et utiles pour les politiques publiques,

  • et leur intégration dans les systèmes européens de connaissance marine tels que Copernicus Marine Service, EMODnet et le Jumeau numérique de l’océan.

Notre responsabilité collective est de veiller à ce que les systèmes d’observation de l’océan que nous construisons soient alimentés par des efforts de collecte de données guidés par des missions, interopérables et orientés vers les politiques publiques.

Ces efforts doivent être capables de soutenir à la fois :

  • la prévision climatique,

  • la protection de la biodiversité,

  • la planification spatiale maritime,

  • et le développement durable de l’économie bleue.

Renforcer la coordination entre les États membres européens — leurs flottes, leurs technologies, leurs infrastructures numériques et leurs partenariats internationaux — sera donc essentiel :

  • pour réduire la fragmentation,

  • pour combler les principales lacunes d’observation,

  • et pour renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe dans la production de connaissances océaniques.

La connaissance marine ne consiste pas seulement à comprendre l’océan.
Elle consiste à rendre possible la santé de l’océan, grâce à des décisions éclairées, fondées sur la science et opérationnelles.

C’est pourquoi il est essentiel que le Ocean Act européen et l’Initiative européenne d’observation de l’océan soient soutenus par des capacités coordonnées de déploiement en mer, capables de transformer l’ambition politique en connaissances partagées et exploitables.

C’est aussi pourquoi je suis convaincu que l’initiative OceanEye de la Commission — dotée de 50 millions d’euros pour son lancement, annoncée hier par la Présidente von der Leyen — constituera un véritable changement d’échelle.

L’Europe relève le défi de la science et de la connaissance sur l’océan et pour l’océan, au bénéfice des générations futures.

Nous pouvons en être fiers.

Il nous appartient maintenant de passer à l’action pour changer le monde et protéger notre océan.

Je vous remercie.