Détroit d’Ormuz: une catastrophe écologique en cours au large de l’Iran? Ces images satellite interpellent

 

Des photos prises par satellite mettent en évidence l’apparition de nappes sombres à la surface de la mer dans le détroit d’Ormuz, depuis le début de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. « Les images optiques ne sont pas les plus adaptées pour vérifier ce genre de phénomène« , analyse auprès de TV5MONDE Isabella Damiani, géographe. 

Une épaisse fumée noire s’échappe de la raffinerie de Lavan, une petite île du golfe Persique, près du détroit d’Ormuz. Elle apparaît sur des images satellites prises le mercredi 8 avril par Copernicus, le programme européen d’observation de la Terre. La Compagnie nationale iranienne de raffinage et de distribution de pétrole a indiqué le même jour que le site de Lavan avait été victime d’une « lâche attaque« , alors même qu’un cessez-le-feu venait d’être conclu entre Washington et Téhéran, quarante jours après le début de la guerre.

Cette unité de raffinage iranienne traite le pétrole brut extrait d’un gisement voisin et produit 60.000 barils par jour, selon les chiffres de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA). Les photos prises par satellite montrent l’apparition de nappes sombres à la surface de la mer autour de la raffinerie de Lavan, entre le 2 et le 8 avril.

« C’est une urgence environnementale majeure”, affirme à CNN Wim Zwijnenburg, chef de projet à l’organisation néerlandaise religieuse de défense de la paix PAX, qui suit les conséquences environnementales du conflit dans le détroit d’Ormuz. Selon la chaîne d’information américaine, les nappes noires correspondent aux déversements d’hydrocarbures. Les journalistes de CNN se sont appuyés sur des images optiques de l’Agence spatiale européenne pour mener leur enquête

 

Série d’attaques pétrolières 

 

« Les images optiques (Sentinel-2, Landsat, SPOT) ne sont pas les plus adaptées pour vérifier ce genre de phénomène« , nuance pourtant auprès de TV5MONDE Isabella Damiani, géographe et spécialiste de la géopolitique de l’Asie centrale. Pour la géographe, il est préférable de se fier à des images radar pour détecter l’apparition d’une marée noire. Les capteurs optiques diffèrent des radars car ils ne peuvent pas prendre d’images la nuit et ne voient pas à travers les nuages.

Depuis les attaques israélo-américaines du 28 février, l’Iran bloque en partie le détroit d’Ormuz et attaque tout navire cherchant à le traverser sans son accord. Avant la guerre, 20% du pétrole mondial transitait par cette artère stratégique. Le 1er avril, l’Agence France-Presse faisait état d’un peu moins d’une trentaine de bateaux attaqués par Téhéran, dont des pétroliers. Sur les images satellites de Copernicus, des vagues sombres sont apparues le 18 mars, entre le port de Bandar Abbas et l’île de Qeshm, où sont bloqués plusieurs tankers.

Ce phénomène ne s’observe pas uniquement en Iran, mais aussi dans d’autres pays du Golfe, comme le Koweït. Le dimanche 5 avril, le pays avait annoncé que des attaques iraniennes avaient causé « d’importants dégâts« . Plusieurs installations pétrolières ont été endommagées par des attaques de drones iraniens, selon la compagnie nationale de pétrole du Koweït. Sur des images satellites prises le 5 avril, une nappe noire s’échappe de la raffinerie de Mina Al-Ahmadi, l’une des plus importantes du pays.

« En ce moment, il y a des dizaines de pétroliers transportant des milliards de litres de pétrole piégés dans le golfe Persique, alors que des mines sont posées et que des missiles frappent des navires. C’est une catastrophe environnementale qui attend de se produire« , affirmait en mars Nina Noelle, membre de l’association environnementale Greenpeace Allemagne. Cette dernière a cartographié les pétroliers piégés dans la région et les impacts potentiels d’une marée noire.

« Une seule marée noire dans le golfe pourrait endommager cet habitat marin fragile de manière irréparable, avec des conséquences dévastatrices pour les personnes, les animaux et les plantes de la région, ajoutant au terrible bilan humain », ajoute Nina Noelle. Selon Greenpeace, 85 grands pétroliers seraient encore piégés dans le golfe Persique. Le président américain, Donald Trump, a annoncé ce mardi 21 avril, prolonger son cessez-le-feu afin de permettre des négociations avec Téhéran, sans donner de nouvelle échéance.

Source : TV5 monde