Des scientifiques ont placé 42 éponges marines dans un port espagnol pollué – 455 jours plus tard, elles prospéraient

Pendant 455 jours, cinq espèces d’éponges marines ont vécu sur la digue d’un port catalan. Une seule a résisté et s’est même multipliée par clonage dans ces eaux polluées.

À la fin de juillet 2026, le centre d’études avancées de Blanes publie dans Frontiers in Marine Science ses résultats expérimentaux au cœur de cette marina catalane. L’éponge méditerranéenne testée y résiste durant plus d’un an, là où quatre autres espèces meurent. Ces zones portuaires figurent parmi les secteurs côtiers les plus abîmés. Le site expérimental reste occupé par des bateaux douze mois sur douze. Pourtant, y restaurer la vie marine reste rarement couronné de succès.

Quarante-deux éponges marines confrontées durant 455 jours à une marina catalane

Manuel Maldonado et Carlota Escarré commencent par récolter leurs animaux aux environs de Blanes. Le duo élève ensuite les spécimens sur plaque en céramique, dans plusieurs cuves contenant 500 litres d’eau de mer. Ces supports sont ensuite installés sur plusieurs grilles métalliques couvertes d’une couche de carbonate de calcium, fixées contre la digue immergée de Marina Palamós. Caméras sous-marines ainsi que logiciels d’analyse d’images permettent alors d’en mesurer régulièrement l’étendue.

Chez quatre espèces, l’expérience tourne court. Corticium candelabrum meurt au laboratoire avant son arrivée au port. Une fois transplantées, Crambe crambe, Scalarispongia scalaris et Ircinia oros diminuent progressivement. Aucune ne dépasse 165 jours, tandis que certaines pertes surviennent dès le vingtième jour. Ce contraste avec l’éponge suivante devient alors très net.

Une espèce survit et finit même par créer des clones

Chondrosia reniformis fait exception avec 91,7 % de survie au terme de 455 jours. À la fin de l’observation, vingt-deux spécimens parmi vingt-quatre restent en vie. Beaucoup rétrécissent d’abord au cours des premiers mois, avant que leurs dimensions cessent d’évoluer. Aucune croissance n’apparaît donc au sein de la marina, mais ces éponges parviennent à s’y maintenir.

Sept spécimens vont plus loin, jusqu’à se multiplier. Leur corps s’allonge, puis deux parties apparaissent, temporairement réunies par une fine bande de tissu. Quand cette liaison rompt, la fission libère un clone qui peut s’établir à quelques centimètres du parent. Chondrosia reniformis a réussi à se reproduire seule dans ce bassin portuaire, sans assistance humaine.

Autre faculté inhabituelle chez un animal fixé, cette éponge sait ramper. Son déplacement sur le substrat reste très lent, mais lui permet d’atteindre un endroit moins exposé si son environnement se détériore. Ses tissus hébergent aussi une importante communauté microbienne. D’après l’équipe, cette communauté microbienne pourrait coopérer avec son système filtrant, hypothèse que les scientifiques souhaitent approfondir.

Les éponges marines peuvent filtrer quotidiennement des milliers de litres

Cette filtration affiche un débit considérable. L’eau circule au travers d’un ensemble de pores capables de piéger bactéries, virus, particules organiques et même métaux lourds. Selon l’équipe, ces organismes agissent donc comme des ingénieurs d’écosystème. Le relief apporté par leurs corps fournit également des refuges aux vers, crustacés ainsi qu’aux jeunes poissons.

À l’inverse, une marina concentre déchets, hydrocarbures, peintures antisalissure et espèces invasives transportées via les eaux de ballast. Retrouver son état initial demeure impossible tant que le site fonctionne. L’objectif consiste seulement à y ramener plusieurs espèces résistantes. L’équipe précise toutefois que cet essai ne démontre nullement qu’une éponge puisse nettoyer à elle seule un port entier.

Source : science-et-vie