De l’ambition à l’action : nouvelles recommandations politiques pour restaurer les prairies d’herbiers méditerranéens
3 juillet 2026
3 juillet 2026
La restauration des prairies méditerranéennes d’herbiers marins doit passer de projets pilotes fragmentés à une action à long terme et à grande échelle, soutenue par une gouvernance cohérente et un financement durable, selon le nouveau rapport publié par le Projet Interreg Euro-MED ARTEMIS. Le rapport intitulé“« Accélérer la restauration et le financement des herbiers marins » examine les dimensions écologiques, juridiques et financières de la restauration de l’un des écosystèmes marins les plus précieux de la Méditerranée, les prairies de Posidonia, et propose 15 recommandations pour transformer l’ambition politique en action.
Les prairies de Posidonia oceanica fournissent des services écosystémiques essentiels, notamment le soutien à la biodiversité, la protection côtière et le stockage du carbone. Pourtant, malgré des décennies d’efforts de conservation, ils continuent de décliner en raison du développement côtier, des mouillages et du changement climatique.
Le rapport intervient à un moment charnière alors que les États membres préparent des plans nationaux de restauration dans le cadre du Règlement européen sur la restauration de la nature, avec des premiers projets devant être soumis à la Commission européenne d’ici le 1er septembre 2026. Comme l’a souligné lors de la récente table ronde politique d’ARTEMIS « Des prairies aux marchés : faire progresser la restauration des herbiers marins et le financement durable », le rapport et sa recommandation contribuent à la mise en œuvre continue de la Feuille de route européenne vers les crédits nature (5), une nouvelle initiative de la Commission européenne.
Table ronde politique d’ARTEMIS « Des prairies aux marchés : faire progresser la restauration des herbiers marins et le financement durable »
Comment l’UE peut-elle étendre la restauration des prairies méditerranéennes ? Quel rôle le financement public et privé peut-il jouer pour atteindre les objectifs ambitieux du Règlement sur la restauration de la nature ? Et dans quelles conditions des mécanismes de financement innovants, tels que les crédits nature, pourraient-ils soutenir la restauration des écosystèmes marins ?
Ce sont les questions centrales abordées lors de la table ronde politique en ligne « Des prairies aux marchés : faire avancer la restauration des herbiers marins et le financement durable », co-organisée par le député européen Dimitris Tsiodras et organisée par The Green Tank dans le cadre du projet Euro-Med ARTEMIS Interreg le 25 juin 2026.
Plus de 80 participants ont rejoint la table ronde politique, animée par Ioli Christopoulou, directrice politique au Green Tank, réunissant des représentants du Parlement européen, de la Commission européenne, de la Banque européenne d’investissement, de la communauté scientifique, des organisations financières et de la société civile pour discuter de la manière d’accélérer la restauration de Posidonia oceanica, soutenir la mise en œuvre du Règlement européen sur la restauration de la nature, et mobiliser des financements innovants pour des mers méditerranéennes plus saines et plus résilientes.
L’événement était animé par le député européen Dimitris Tsiodras et comprenait un message vidéo préenregistré du député européen César Luena, rapporteur du Règlement européen sur la restauration de la nature.
À la suite d’une présentation plongeante par Eugenia Apostolaki, chercheuse principale à l’Institut d’Océanographie du Centre Hellénique de Recherche Marine (partenaire d’ARTEMIS), une table ronde approfondie a eu lieu avec les contributions de Bettina Doeser, Chef de l’Unité Capital Naturel & Santé des Écosystèmes, DG Environnement de la Commission Européenne, Dimitra Syrou, Associée Politique Nature à The Green Tank, David Álvarez-García, PDG,ECOACSA (partenaire d’ARTEMIS), Dominik Maczik, analyste technique, Biodiversity Credits Alliance, Eva Mayerhofer, responsable de la politique environnementale et de la biodiversité à la Banque européenne d’investissement, et Constantin Tsakas, économiste en chef du Plan Bleu / Centre régional d’activités du PNU (coordinateur du projet ARTEMIS).
La table ronde a offert l’occasion de présenter les principaux résultats du projet ARTEMIS, notamment ses recommandations politiques sur « Accélérer la restauration et le financement des herbiers marins » et sa proposition d’un Crédit Nature Posidonia, tout en favorisant un échange engageant sur la gouvernance et le financement, permettant de transformer ses ambitions de restauration en actions.
S’appuyant sur les leçons tirées des sites pilotes ARTEMIS en Grèce, en Italie et en Espagne, le rapport identifie les principales lacunes en matière de gouvernance et de financement qui entravent les efforts de restauration et propose des solutions politiques.
Bien que la restauration prenne de plus en plus d’importance stratégique, la mise en œuvre reste fragmentée, avec des autorisations, des normes techniques et un suivi incohérents limitant le déploiement à grande échelle.
Le rapport souligne que restaurer P. oceanica nécessite un investissement à long terme. Bien que le financement public de l’UE et national soit les principales sources de soutien, le financement actuel est souvent fragmenté et mal aligné avec les longues périodes de redressement écologique. Même complété par des donateurs et des sources privées, les financements disponibles sont bien en dessous des besoins estimés.
Le rapport présente 15 recommandations politiques structurées autour de quatre domaines prioritaires : renforcer la gouvernance et la planification stratégique ; améliorer la capacité de mise en œuvre ; assurer un financement public à long terme ; et développer des mécanismes crédibles de financement privé pour la restauration.
Parmi ses recommandations clés, le rapport appelle les pays méditerranéens à élaborer des plans nationaux de restauration ambitieux et scientifiquement solides dans le cadre du Règlement européen sur la restauration de la nature, à établir des cadres dédiés à la restauration pour Posidonia oceanica, à renforcer la planification spatiale marine et les zones protégées, et intégrer les écosystèmes d’herbiers marins dans les politiques climatiques et de carbone bleu. Elle souligne également l’importance de la participation des parties prenantes, des preuves scientifiques et de la capacité institutionnelle pour assurer le succès de la restauration.
Le rapport insiste également sur le fait que le financement public doit rester la base de la restauration, en particulier dans le contexte des négociations en cours sur le Cadre financier pluriannuel de l’UE 2028-2034. Parallèlement, des mécanismes de financement complémentaires peuvent mobiliser des ressources supplémentaires, s’ils sont soutenus par une gouvernance claire et des garanties solides.
Le projet ARTEMIS a développé et testé un crédit Posidonia, illustrant comment le financement privé pourrait soutenir la restauration, à condition que des normes strictes de surveillance, de vérification et d’intégrité environnementale soient en place.
Ioli Christopoulou, directrice politique et cofondatrice de The Green Tank
« Bien que la restauration soit désormais fermement à l’ordre du jour politique, les conditions de gouvernance et de financement nécessaires pour la réaliser à grande échelle font encore défaut. Les recommandations d’ARTEMIS fournissent des orientations politiques concrètes pour transformer l’ambition en action aux niveaux UE, national, régional et local », a déclaré Ioli Christopoulou, directrice politique et cofondatrice de The Green Tank.
Arnaud Terisse, responsable du programme biodiversité chez Plan Bleu
« La restauration de Posidonia oceanica ne peut plus reposer sur des projets isolés. Intensifier les actions à travers la Méditerranée nécessitera un financement stable, une gouvernance coordonnée et une coopération régionale renforcée pour partager l’expertise, harmoniser les approches et garantir que les objectifs de restauration soient atteints dans les délais », a souligné Arnaud Terisse, responsable du programme biodiversité chez Plan Bleu.
Le rapport « Accélérer la restauration et le financement des herbiers marins : 15 recommandations politiques pour transformer l’ambition en action » s’appuie sur les leçons des sites pilotes ARTEMIS en Grèce (Atzikiari, Bay, à Siteia, Crète), en Italie (Capo Testa Punta Falcone en Sardaigne et Panzano Bay en Monfalcone) et en Espagne (Cala Banca à Minorque), ainsi qu’une analyse approfondie des cadres existants menée par Plan Bleu et The Green Tank, avec la contribution de tous les partenaires d’ARTEMIS. Il identifie les principaux défis qui continuent de freiner les efforts de restauration et propose des solutions politiques. Le rapport complet comprend également une annexe avec des chapitres nationaux pour chaque pays pilote d’ARTEMIS, présentant les conclusions et recommandations spécifiques au site.
La publication est structurée autour de quatre priorités stratégiques :
Ensemble, ces recommandations visent à transformer la restauration des herbiers marins, passant de projets pilotes isolés, en programmes coordonnés et à grande échelle à travers la Méditerranée.
⬇ Téléchargez les recommandations de politique (PDF)
Recommandations politiques – Accélérer la restauration des prairies d’herbiers marins en Méditerranée grâce à des solutions innovantes basées sur les services écosystémiques
Préparé par The Green Tank et Plan Bleu, avec des contributions de tous les partenaires d’ARTEMIS.
Notes :