Dans le détroit d’Ormuz, les pétroliers empêchés de circuler et confrontés au risque des mines iraniennes
13 mars 2026
13 mars 2026
Sur les images prises par les secours omanais, le Mayuree-Naree, la poupe en flammes, était abandonné par l’équipage, contraint de prendre place dans de petites embarcations de sauvetage après que le vraquier thaïlandais a été atteint, mercredi 11 mars, par « deux projectiles d’origine inconnue » à 11 milles marins (20 kilomètres) au nord de la ville de Khasab, à l’entrée du détroit d’Ormuz. Trois personnes sont portées disparues. L’incendie du Mayuree-Naree marquant la fin d’une accalmie de quatre jours le long de cette voie maritime stratégique où transite un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux.
Aux premières heures du jeudi 12 mars, deux pétroliers ont cette fois été pris pour cible au large de l’Irak, faisant au moins un mort, ont annoncé les autorités irakiennes, qui ont engagé des recherches pour retrouver des « disparus ». Le Zefyros, battant pavillon maltais, s’apprêtait à entrer dans le port de Khor Al-Zoubeir où il comptait charger 30 000 tonnes supplémentaires de carburant pétrolier liquide naphta (principalement utilisé en pétrochimie), après avoir déchargé une cargaison précédente. Le deuxième navire, le Safesea-Vishnu, voguait sous pavillon des îles Marshall et a été affrété par une entreprise irakienne.
Depuis le début de la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran, le 28 février, Téhéran a attaqué près d’une quinzaine de bateaux transitant par le détroit d’Ormuz et dans le golfe Arabo-Persique. L’Iran avait annoncé, le 10 mars, qu’il ne permettrait pas l’« exportation d’un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu’à nouvel ordre ».
« Préparez-vous à voir le pétrole atteindre 200 dollars le baril [173 euros], car le prix dépend de la sécurité régionale, que vous avez déstabilisée », a promis, le lendemain, Ebrahim Zolfaqari, un porte-parole de l’état-major iranien, alors que la République islamique tente de faire du blocage du détroit d’Ormuz le cœur de sa stratégie de guerre contre les Etats-Unis et Israël. Quelques navires seulement prennent aujourd’hui le risque de le traverser, alors que le baril de brent de la mer du Nord, référence du marché mondial du pétrole, est repassé, jeudi 12 mars, au-dessus de la barre des 100 dollars, dans les échanges asiatiques.
A son point le plus resserré, ce goulet maritime ne mesure que 29 milles marins de large (54 kilomètres) entre les côtes de l’Iran et celles du sultanat d’Oman. Et les deux couloirs de navigation empruntés par les pétroliers sont encore plus étroits (environ 3,7 kilomètres chacun), ce qui place navires et équipages à portée de tout un éventail d’armes iraniennes.
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Le danger numéro un reste cependant les mines navales. Les neutraliser, ce qui peut prendre des semaines, suppose la mobilisation de navires chasseurs de mines, de drones sous-marins et de plongeurs spécialisés. Mercredi 11 mars, l’armée américaine a déclaré avoir attaqué et détruit 16 navires iraniens poseurs de mines, dans le cadre d’une stratégie plus large visant à détruire la marine iranienne et sa capacité à menacer le transport maritime. L’Iran disposerait d’un stock de milliers de mines, qu’il pourrait utiliser pour tenter de fermer le détroit.
Un projectile s’approche de ce que le Commandement central américain décrit comme un navire de guerre iranien, lors d’une série de frappes visant notamment des navires poseurs de mines, dans une zone située près du détroit d’Ormuz, sur une capture d’écran tirée d’une vidéo diffusée le 10 mars 2026.
« La menace que les Iraniens ont été capables de faire peser sur ces navires d’hydrocarbures est considérable. En plus du risque de transiter par le détroit, elle pèse sur les coûts des assurances », expliquait Elie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité à l’Institut français des relations internationales, lors d’un point de situation, mercredi. « La sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz a un impact considérable sur la circulation du pétrole et des produits pétroliers à destination et, surtout, au départ du Golfe. »
« Ce risque s’est confirmé au cours des vingt-quatre dernières heures, avec le déploiement par l’Iran de mines navales, ce qui a toujours fait partie des schémas de défense iraniens », rappelle l’expert. « On estime entre 5 000 et 6 000 le stock potentiel iranien de mines navales, avec des mines dérivantes extrêmement difficiles à intercepter dans un contexte capacitaire où l’US Navy est au plus bas au niveau des chasseurs de mines », poursuit M. Tenenbaum, en soulignant que les capacités européennes, bien que supérieures à celles des Américains, sont « totalement insuffisantes pour faire face aujourd’hui à cette menace ». La marine américaine cible donc en priorité les navires qui les posent.
Les ports civils pourraient également devenir une cible : l’armée américaine a appelé « les employés, le personnel administratif et les équipages des navires commerciaux à évacuer immédiatement toutes les installations portuaires où opèrent les forces navales iraniennes ». Ajoutant que « les ports civils utilisés à des fins militaires perdent leur statut de ports protégés et deviennent des cibles militaires légitimes au regard du droit international ». L’armée iranienne a répliqué qu’en cas d’attaque « tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes ».