Comment une gestion fondée sur la science peut relancer la pêche mondiale

 

L’océan est un écosystème complexe qui nourrit les populations et soutient les moyens de subsistance. Pour garantir cette pérennité, il doit être géré efficacement.

Des données probantes confirment qu’une gestion des pêches fondée sur la science produit des résultats. L’Étude sur l’état des ressources halieutiques marines mondiales – 2025, publiée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), met en lumière des exemples concrets d’impact de la gestion durable des pêches.

Cet article explore trois études de cas marquantes : l’Antarctique, où les pêcheries sont un modèle de bonnes pratiques mondiales; la pêche au thon, autrefois emblématique de l’épuisement des ressources, mais qui connaît aujourd’hui une reprise notable; et la Méditerranée, où des réformes coordonnées commencent à reconstruire des écosystèmes marins longtemps mis à rude épreuve. Ensemble, ces exemples illustrent ce qui est possible lorsque les pays s’engagent à gérer leurs ressources marines de manière responsable.

Les eaux antarctiques: une référence mondiale pour une pêche durable

L’Antarctique est l’un des exemples les plus frappants d’une gestion efficace et scientifique des pêches, où 100 % des stocks évalués sont exploités dans des limites biologiquement durables.

Dans les eaux antarctiques, les pays opèrent sous l’égide de la Convention pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique – CCAMLR, un cadre transparent qui privilégie la gestion écosystémique, la coopération internationale et des systèmes de conformité rigoureux.

«Les pays ont convenu de limites de capture de précaution, mis en œuvre des programmes de surveillance et fermé les pêches pour lesquelles les données sont insuffisantes afin de prévenir la surexploitation avant même qu’elle ne commence», a déclaré Rishi Sharma, auteur principal de l’Étude sur l’état des ressources halieutiques marines mondiales – 2025.

Des espèces telles que le krill, le poisson des glaces et la légine sont gérées de manière durable, malgré la croissance des marchés et de l’intérêt pour la pêche en Antarctique.

© FAO/Kurt Arrigo

La pêche au thon, autrefois emblématique de l’épuisement, connaît actuellement une reconstitution notable.

De la surexploitation à l’excellence: comment les stocks de thon ont rebondi

La pêche au thon a longtemps été perçue comme un symbole de surexploitation en raison d’une demande croissante des consommateurs et de systèmes de gestion fragmentés qui peinaient à réduire la pression de pêche. Ces dernières années, cependant, elle a connu un changement radical.

Aujourd’hui, 87 % des stocks de thon sont durables et 99 % des captures mondiales de thon proviennent de sources bien gérées.

Ce revirement est dû à une gestion efficace par les cinq organisations régionales de gestion des pêches (ORGP) thonières, notamment des mesures telles que des quotas fondés sur des données scientifiques, un suivi et un contrôle améliorés, l’élimination progressive des engins de pêche nuisibles et l’adoption de stratégies de pêche alignées sur les objectifs écosystémiques. Ces stratégies de pêche permettent aux gestionnaires, aux flottes de pêche et aux autres parties prenantes, en suivant les conseils des scientifiques, de convenir des règles avant de lancer des filets ou des lignes.

Les deux tiers des captures de thon proviennent de l’océan Pacifique et la Commission des pêches pour le Pacifique central et occidental (WCPFC) a joué un rôle essentiel pour garantir la gestion durable des principales espèces commerciales de thon.

«L’approche consensuelle de la Commission des pêches pour le Pacifique central et occidental garantit que les mesures de gestion répondent aux besoins de ses membres, tous différents», a déclaré Rhea Moss-Christian, directrice exécutive de la WCPFC. «Ainsi, cinq des six stocks de thon relevant de la compétence de la WCPFC sont gérés de manière durable. Le sixième stock, le thon rouge du Pacifique, se reconstitue grâce à un plan de reconstitution ciblé élaboré conjointement par les membres de la WCPFC et de la CITT.»

Progrès en Méditerranée: une région commence à reconstruire ses pêches

La surpêche était autrefois répandue en Méditerranée et en mer Noire, mais une gestion efficace commence désormais à inverser la tendance.

Avec seulement 35,1 % des stocks classés comme biologiquement durables en 2021 et 56,9 % des débarquements provenant de stocks durables, il reste clairement un long chemin à parcourir pour reproduire les succès d’autres régions.

Mais les preuves de résultats positifs se multiplient. Depuis 2013, la pression de pêche a diminué de 30 % et la biomasse halieutique a augmenté de 15 %. Certains stocks, comme la sole commune en Adriatique, sont désormais exploités de manière durable après une réduction de plus de 70 % de la pression de pêche.

Ces résultats sont le fruit d’une série de réformes ciblées soutenues par la Commission générale des pêches pour la Méditerranée. Celles-ci comprennent l’adoption de 11 plans de gestion pluriannuels ciblant les espèces et les zones prioritaires, la mise en place de 11 zones de pêche réglementées, des fermetures spatiales et des restrictions d’engins de pêche, des inspections internationales conjointes et des évaluations scientifiques renforcées. «Ces actions montrent que même les eaux historiquement surexploitées peuvent se reconstituer lorsque les pays coordonnent leurs efforts et suivent les données scientifiques», a déclaré Manuel Barange, Sous-Directeur général de la FAO et Directeur de la Division des pêches et de l’aquaculture.

© FAO GFCM/ Claudia Amico
© FAO GFCM/ Claudia Amico

Des réformes ciblées, une gestion scientifique et des plans de gestion coordonnés montrent les premiers résultats dans une région où la surpêche reste largement répandue.

Transformation bleue

Les études de cas ci-dessus illustrent clairement une tendance: lorsque les pays utilisent les connaissances et les données scientifiques, coordonnent leurs efforts et mettent en place des systèmes de gestion robustes, les populations de poissons peuvent se reconstituer et prospérer.

Elles démontrent également qu’une pêche durable est possible et fournissent une feuille de route concrète pour environ un tiers des stocks mondiaux de poissons qui restent surexploités.

Telle est la vision de la transformation bleue de la FAO: garantir que 100 % des ressources marines soient gérées de manière durable, au bénéfice des populations et de la planète.

Source : FAO