Comment les satellites deviennent des gendarmes de l’océan
1 août 2025
1 août 2025
L’Agence spatiale européenne dispose d’une flotte de satellites capables de détecter et d’identifier les navires pollueurs depuis l’espace.
Durant la troisième conférence de l’ONU sur les océans (Unoc3), qui s’est tenue en juin à Nice*, la question du respect des traités internationaux de protection des océans a été au cœur des débats. Et les progrès technologiques ont permis d’entrevoir des avancées prometteuses pour mettre fin à l’impunité en haute mer. « Pour faire respecter les règles, les gendarmes ne sont pas difficiles à trouver : ils sont là-haut, ce sont les drones et les satellites ! Aujourd’hui, ils voient tout, de la surpêche aux pollutions. D’ici cinq ans, nous pourrons qualifier les infractions », nous confiait Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur de France pour les pôles et les océans.
L’Agence spatiale européenne (ESA) dispose de la plus grande flotte mondiale de satellites dédiés à l’observation de la Terre. « Nos données peuvent être utilisées pour garantir le respect des traités internationaux », explique Craig Donlon, directeur des systèmes d’observation de la Terre à l’ESA, que nous avons rencontré à Nice à l’occasion du congrès scientifique One Ocean Science Congress, qui a réuni 2 500 scientifiques en amont de l’Unoc3. « Si un navire vidait ses cuves en mer, nous pourrions le voir depuis l’espace, assure-t-il, car nous pouvons détecter les rejets d’hydrocarbures et les associer avec l’identifiant du navire. »
L’action de l’ESA pour l’observation de la Terre et la protection des océans s’articule d’abord autour du programme Copernicus, considéré comme le plus important au monde. Fruit d’une collaboration entre l’Union européenne et l’ESA, il déploie une flotte de satellites Sentinel, chacun ayant des missions spécifiques pour surveiller notre planète. Certains des instruments embarqués peuvent fournir des données concernant des couches situées sous la surface, jusqu’à 50 mètres sous le niveau de la mer.
Parmi les satellites de l’ESA, Sentinel-3 joue un rôle particulièrement crucial dans la surveillance des océans en embarquant plusieurs instruments complémentaires. Il est capable de mesurer avec précision la température de surface des mers, d’analyser leur topographie et d’étudier la couleur des océans, un indicateur important de leur santé écologique. Ces données sont essentielles pour comprendre les dynamiques océaniques et leurs évolutions face au changement climatique. Sentinel-1 peut, pour sa part, voir les nappes de pétrole, et Sentinel-2 peut surveiller les algues, cruciales pour les écosystèmes marins. Avec ses altimètres embarqués, Sentinel-6C peut mesurer l’accélération de la hausse du niveau des mers.
À Découvrir Le Kangourou du jourRépondreCes informations sont essentielles pour la prévision océanique, la surveillance environnementale et le suivi du changement climatique. Elles permettent également une surveillance précise des zones côtières, particulièrement vulnérables aux changements environnementaux. Cette infrastructure de surveillance représente une contribution majeure de l’Europe à la compréhension et à la protection des océans. En fournissant des données précises et régulières sur l’état de nos océans, l’ESA permet aux scientifiques de mieux comprendre les dynamiques océaniques et aux décideurs de prendre des mesures éclairées pour la protection de ces écosystèmes essentiels à la vie sur Terre.
* La troisième conférence de l’ONU sur les océans, l’Unoc3, s’est tenue à Nice du 9 au 13 juin 2025, réunissant 64 chefs d’État et de gouvernement ainsi que 12 000 délégués. Elle a été précédée par le One Ocean Science Congress, une conférence dont « Le Point » était partenaire, qui a réuni 2 500 scientifiques du monde entier du 3 au 6 juin 2025 et a formulé 10 recommandations aux diplomates qui s’apprêtaient à négocier l’accord de Nice. Le premier baromètre de l’état de santé des océans, nommé Starfish (« étoile de mer »), a été publié le 8 juin 2025 et sera mis à jour chaque année.
Source :