« Ce record est difficile à battre » : un clone géant issu d’une algue s’est développé dans la mer Baltique
13 mars 2025
13 mars 2025
Dans la mer Baltique, un pied femelle de fucus vésiculeux s’est cloné puis dispersé dans les eaux saumâtres. Les chercheurs à l’origine de cette découverte pensent que son étendue constitue un record.
Dans les eaux saumâtres de la mer Baltique, plus précisément dans le golfe de Botnie qui borde la Suède, des chercheurs pensaient depuis 2005 étudier une espèce d’algue nommée fucus étroit (Fucus radicans). Mais un séquençage ADN mené par l’université suédoise de Göteborg a donné un résultat inattendu. Cette algue, plus petite qu’une autre mieux connue nommée fucus vésiculeux (Fucus vesiculosus), n’est en réalité qu’un clone de cette dernière. L’organisme est si étendu qu’il pourrait même s’agir du plus grand clone, toutes espèces confondues.
Il a formé de nouvelles populations en dispersant des fragments provenant du spécimen original, une femelle. En effet, le fucus vésiculeux possède des pieds mâles et des pieds femelles et sa reproduction est normalement sexuée. Mais dans ce cas, les fragments du même individu se sont dispersés avec les courants et se sont développés. Aujourd’hui, le clone s’étend sur plus de 500 km, relate une étude publiée le 17 février 2025 dans la revue Molecular Ecology.
Cet organisme détient-il le record du plus grand clone au monde ? « Il n’y a pas encore beaucoup de clones de plantes ou d’algues étudiés, mais les grands clones connus et décrits aujourd’hui sont, par exemple, un grand clone de peupliers faux-trembles aux États-Unis (Utah) qui compte 47.000 arbres distincts et s’étend sur 1 x 0,7 km de terrain. Il existe également de grands clones d’herbiers marins de Posedonia oceanica décrits depuis la Méditerranée qui s’étendent jusqu’à 15 km de distance, ainsi qu’un grand clone d’herbier marin de Zostera marina dans la mer Baltique qui fait environ un kilomètre de large« , énumère auprès de Sciences et Avenir la biologiste Kerstin Johannesson, co-auteure de l’étude. On compte aussi, au large des côtes de l’Australie-Occidentale, un clone de Posidonia australis formant un vaste réseau de prairies sous-marines. L’organisme s’étire sur environ 180 km quasiment sans discontinuer.
« Cependant, le clone d’algues de la mer Baltique est réparti sur 500 km et compte peut-être des centaines de millions d’individus. Bien sûr, le nombre exact n’a pas été compté, mais dans certains endroits, il occupe 80 à 100 % de tous les individus situés dans une zone locale de dizaines de kilomètres« , reprend la chercheuse suédoise.
Il est possible que sur la terre ferme, où certaines espèces de végétaux se propagent grâce à des graines parthénogéniques et donc des clones, un organisme de taille similaire soit trouvé. Mais il faudrait ensuite réaliser une analyse ADN étendue pour le confirmer. « Peut-être qu’à l’avenir, quelqu’un trouvera un clone plus grand. Mais à ma connaissance, c’est le plus grand trouvé jusqu’à aujourd’hui, précise Kerstin Johannesson. Et je pense aussi que ce record est difficile à battre« .
S’il s’agit là d’une belle découverte scientifique, les chercheurs s’inquiètent néanmoins de son avenir alors que la mer Baltique est particulièrement affectée par le changement climatique à cause du relatif isolement de ses eaux. Or, un clone présente une souplesse génétique réduite pour se confronter aux variations de son environnement.
« Un clone est presque totalement dépourvu de la variation génétique qui permet autrement l’existence d’individus dans une population capables de gérer les changements et de faire survivre l’espèce« , explique Kerstin Johannesson dans un communiqué. Dans la mer Baltique, le fucus vésiculeux offre un abri et de la nourriture aux poissons et aux vertébrés.